Journée chambriste et pourtant concertante à La Roque d'Anthéron

Concertos chambristesVu par Zibeline

Journée chambriste et pourtant concertante à La Roque d'Anthéron - Zibeline

L’année 2020 fête le 250ème anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven, le Festival international de piano de La Roque d’Anthéron rend hommage au compositeur en lui consacrant journées et concerts. Le 11 août s’attachait à l’interprétation des cinq concertos pour piano du compositeur, qui, avant d’être connu pour ses écrits le fut d’abord pour sa virtuosité pianistique. Jean et Brigitte Massin dans leur Histoire de la Musique Occidentale (Fayard) le rappellent : Beethoven « s’impose comme le premier pianiste de son temps, même aux oreilles de ceux qui ont entendu Mozart », c’est dire ! Ses cinq concertos pour piano mettent en évidence sa maestria proposant aux interprètes des pages nécessitant une aisance et une maîtrise de haute volée. C’est Beethoven lui-même qui créa les quatre premiers en public, se refusant à jouer le cinquième devant une assistance, par peur des fausses notes et autres erreurs dues à la terrible surdité qui déjà le gagnait. Peu de liberté est laissée aux interprètes futurs, le compositeur notait quasiment tout, et indiquait ses propres cadences afin que personne ne vienne en imposer d’autres.

Dès dix heures du matin, le festival des concertos beethovéniens commençait, en un ordre non chronologique (on entendit successivement au cours de la journée le n° 5 puis les n° 1, 2, 4 et enfin 3), abritant sous l’orbe de la conque du parc de Florans Jean-François Heisser accompagné du Quatuor Akilone (Émeline Concé, Élise De-Bendelac, violons, Hélène Maréchaux, alto, Lucie Mercat, violoncelle), renforcé par la contrebasse de Pénélope Poincheval, devant un public dûment chapeauté et suant à grosses gouttes sous le soleil aoutien. De son piano, Jean-François Heisser, souverain, menait la danse, sur le Concerto n° 5 en mi bémol majeur dit « L’Empereur ». Malgré toute la bonne volonté d’un quintette, le caractère éclatant de l’œuvre, ses élans, sa puissance, ne peuvent être rendus. Manque cruellement la masse orchestrale dont le festival est privé en cette « année particulière » en raison des confinements, des difficultés à passer les frontières et les interdictions des répétitions en large formation. Le résultat dans les formes réduites imposées par les nécessités actuelles est « autre chose », la joliesse de la musique de chambre se substitue aux beautés passionnées de la composition originale, les contrastes entre le piano seul et la masse orchestrale sont oblitérés. La distance est encore plus sensible pour le Concerto n° 5 pour lequel Beethoven notait une série de termes belliqueux (« attaque », « combat », « victoire »)… En bis, Jean-François Heisser proposait l’Andante en ré majeur du Concerto n° 12 en la majeur de Mozart, autre transcription, qui dans ces pages apaisées s’accommodait davantage d’une formation réduite.

Marie-Ange Nguci accordait sa talentueuse jeunesse aux Concertos 1 et 2, transcrits par V. Lachner, (à qui l’on doit les transcriptions des cinq concertos de cette journée) accompagnée successivement par les Quatuor Ardeo (Carole Petitdemange, Mi-Sa Yang, violons, Yuko Hara, alto, Joëlle Martinez, violoncelle) et Akilone toujours complétés par Pénélope Poincheval. Le Concerto n° 1 en ut majeur, déclinait sa forme classique et son caractère enjoué sous les grands platanes de l’Espace Florans, nourri d’accents mozartiens, à l’instar du Concerto n° 2 en si bémol majeur dans lequel le Quatuor Akilone prenait davantage d’assurance et apportait une vivacité nouvelle à son interprétation. Marie-Ange Nguci offrait en bis Les cloches de Las Palmas opus 111 n° 4 de Saint-Saëns, court tableautin frais et imagé.

La soirée invitait deux nouveaux pianistes aux côtés du Quatuor Ardeo et de Pénélope Poincheval. Dans un premier temps, Jonas Vitaud (qui proposa en bis la 3ème Bagatelle opus 126 de Beethoven) apportait sa verve au Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur opus 58. Le lyrisme de l’œuvre s’accommodait sans doute davantage du petit nombre, au cœur de cette œuvre intime où le piano dialogue d’égal à égal avec l’orchestre… Puis le Concerto n° 3 en ut mineur opus 37 déclina ses épanchements romantiques et passionnés sous les doigts de David Kadouch, en osmose complice avec le Quatuor Ardeo dans une interprétation fine et élégante de cette pièce tourmentée traversée de lumières. Cultivant la musique en art de la joie et du partage, le pianiste cédant aux demandes réitérées et enthousiastes du public proposait en bis, Jésus que ma joie demeure de Bach. « Je suis très ému, sourit-il en présentation, le festival de La Roque est un lieu de pèlerinage pour nous tous, je voudrais donc vous jouer du Bach ». En ter, le délicat Nocturne opus 9 n° 2 de Chopin laissait sa poésie nourrir le soir.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concerts du 11 août, Festival international de piano de La Roque d’Anthéron

Photographies
Heisser-Akilone-Poincheval_© Christophe GREMIOT
Nguci-Q Akilone-Q Ardeo-Poincheval© Christophe GREMIOT
Vitaud-Ardeo ©Christophe GREMIOT
Kadouch-Ardeo © Christophe GREMIOT