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Le Festival Présences Féminines à Toulon met à l'honneur les compositrices

Compositrices à l’honneur

Le Festival Présences Féminines à Toulon met à l'honneur les compositrices - Zibeline

Né en 2011 de la volonté de défendre un répertoire méconnu, le Festival Présences féminines, dirigé par Claire Bodin, entamait cette année sa 7e édition en 6 concerts. Lors de la 2e soirée, le 25 mars, il consacrait Silvia Colasanti, compositrice transalpine dont l’Orfeo, sur un texte d’après les Métamorphoses d’Ovide, offrait une belle entrée en matière : conçue comme un mélologue, mélange de musique et de discours où la voix de Nathalie Dessay prenait le rôle d’une récitante soliste au sein d’un concerto de chambre, cette pièce dévoilait une musique cinétique. Épousant les courbes d’un beau récit parfaitement théâtralisé, elle alternait dans une orchestration lumineuse, violence rythmique lors des moments de tension évoquant la mort avec prédominance de la percussion, et temps suspendu lors des moments d’apaisement avec longues tenues et glissandi aux cordes. L’excellence des instrumentistes du Paris Mozart Orchestra très bien dirigé par Claire Gibault était également sollicitée pour une très belle orchestration de Jean-Claude Petit sur les Six épigraphes antiques de Debussy. Le 28 mars, le prometteur André Pron interprétait au violoncelle une très belle pièce pédagogique de Camille Pépin, invitée pour la première des résidences du Festival : dans Kono Hana, inspirée d’une divinité japonaise, l’instrumentiste maîtrisait une variété de techniques de jeu mettant en évidence des climats sonores à la poésie très orientale. La suite, en hommage à Rita Strohl, offrait aux spectateurs l’occasion de découvrir la musique de chambre d’une compositrice en son temps admirée des plus grands (Saint-Saëns, Chausson…) mais injustement tombée dans l’oubli. Créé il y a 130 ans mais non rejoué depuis, son Trio n°1 en sol mineur à l’écriture classique montrait déjà d’évidents talents de mélodiste, qu’elle confirma avec Solitude, Romance pour alto et piano quelques années plus tard. C’est son audace qui frappait encore davantage dans un sublime Quatuor pour piano et cordes en ré mineur où, alliée à l’intense poésie d’un deuxième mouvement élégiaque, la virtuosité diabolique d’un thème et variations final portée par des interprètes exceptionnels (Amanda Favier au violon, Cécile Grenier à l’alto, Lorène De Ratuld au piano et Guillaume Martigné au violoncelle) emportait l’adhésion unanime du public. Une pépite.

ÉMILIEN MOREAU
avril 2017

Le Festival Présences féminines s’est déroulé du 24 mars au 1er avril à Toulon, au Pradet et à Saint-Mandrier-sur-Mer

Photographie : Concert hommage  Rita Stohlc © Karl Pouillot