Avec son 4e long métrage, François Favrat nous emmène dans le milieu très fermé des Compagnons

CompagnonsVu par Zibeline

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Dans Compagnons, François Favrat exalte l’amitié, la générosité, les vertus de la transmission et assume la naïveté d’une success story.

Naëlle (Najaa Bensaïd) a 19 ans. Elle vit avec sa mère et sa petite sœur dans la cité de Bellevue, dont elle tague avec talent le béton gris. Un quotidien de criminalités, de violences verbales et physiques, que la farouche jeune fille, révoltée contre l’injustice de sa condition, et résignée à ce destin, traverse tant bien que mal. Au chantier de réinsertion que son éducateur l’oblige à suivre, Naëlle est remarquée par Hélène (Agnès Jaoui) qui lui propose un apprentissage chez les Compagnons dont elle fait partie. Dès lors, Naëlle va vivre dans deux mondes aux codes bien différents. Ecartelée entre la fatalité sociale, les menaces de dealers auxquels elle a tenu tête, et le monde rigoureux et quelque peu rigide des Compagnons, aux préceptes d’honneur, d’intégrité et aux traditions bien établies. Partagée entre un manque de confiance cultivé par le mépris des autres, et un potentiel dans l’art du vitrail, que son maître d’apprentissage Paul (Pio Marmai), malgré le machisme historique du milieu, ne tarde pas à lui reconnaître. Naëlle, pour reprendre ce vieux Cesbron, c’est un Mozart qu’on assassinerait, si par chance de bonnes fées ne se trouvaient pas sur les routes des banlieues difficiles.

« Les bons sentiments ont clairement montré leurs limites », constatera le Prévôt des Compagnons de Nantes, quand Naëlle « fautera ». Limiter les bons sentiments, c’est ce que le réalisateur se refuse de faire. Et cette démarche n’est pas sans écueils : l’aspect édifiant qui en découle, le mélo final trop appuyé, les stéréotypes -les Bons portant en eux des blessures intimes, les Méchants réduits à de petits caïds d’opérette. On pourra toutefois saluer la belle interprétation de Najaa Bensaïd, toujours juste dans son interprétation de fille du peuple, contrainte pour survivre de déployer mille fois plus de courage, de force et d’intelligence, que les enfants de bourgeois, à l’instar du Figaro de Beaumarchais ou du Scapin de Molière que son prof lui fait déchiffrer. Et découvrir, par ailleurs, un milieu bien peu représenté au cinéma, celui des Compagnons du devoir, où s’affirme l’exigence d’un savoir-faire indissociable d’un savoir-être.

ELISE PADOVANI
Janvier 2022

Compagnons de François Favrat sort le 23 février (1h52)

Photo : Copyright Wild Bunch Distribution