Haunted / Maskoon programmé aux 10èmes Rencontres Films Femmes Méditerranée

Comme un miroir brisé

• 7 octobre 2015 •
Haunted / Maskoon programmé aux 10èmes Rencontres Films Femmes Méditerranée - Zibeline

Public fourni lors de cette deuxième soirée de Films Femmes Méditerranée aux Variétés pour la projection du documentaire Haunted / Maskoon de la réalisatrice d’origine syrienne Liwaa Yazji.

Le premier plan filmé au téléphone portable est programmatique : sur un fond noir se détachent des fragments géométriques de couleur. Filmées plus près, ces formes deviennent autant de fenêtres sur une façade, la nuit, dans Damas frappé par les combats. Et là-dessus s’élèvent les paroles de certains de ces habitants. Ils sont neuf au total, et la réalisatrice use de tous les outils possibles pour faire advenir leur image et leur parole. Caméra classique, téléphone portable, images de Skype. Certains sont des Syriens de Damas, d’autres des Syriens enfuis à Beyrouth, d’autres encore des Palestiniens qui avaient trouvé refuge en Syrie. Tous sont happés par la guerre, arrivée à un point tel que se pose inexorablement la question de l’exil. Liwaa Yazji ne verse pas dans une thématique romantique de l’exil. Il n’est pas question de la patrie, mais, dans un pays où l’espace public a été réduit à néant, de la maison, au sens large du terme, véritable être de mémoire des gestes, des corps, des objets. Pour certains la question est de rester avec ce qu’il reste de provisions, d’accès illusoires à des jeux en ligne ou de partir. Pour d’autres, les valises sont prêtes, la décision est prise mais sa mise en œuvre est constamment repoussée. Un travail de montage élaboré souligne les hésitations, le ressassement, quitte à jouer sur une durée qu’on pourrait regretter. Mais ce parti-pris, qui associe rigoureusement fond et forme, fait le prix de ce film à la force poétique certaine qui invite le spectateur à combler par lui-même ses zones obscures. Une scène métaphorise la vision de ce film : une femme tient à la main un morceau du miroir qui lui permettait autrefois de se voir en entier, elle ne peut désormais s’appréhender que fragmentée. La projection de ce film singulier était suivie d’un échange avec Irène Labeyrie, architecte et enseignante en architecture, qui a quitté Damas au moment où le film se tournait et a livré son témoignage personnel. Enrichissant le propos du film en particulier en mettant en perspective la destruction par la guerre de certains quartiers de la ville avec les projets d’urbanisme du pouvoir en place.

ANDRÉ GILLES
Octobre 2015

Photo © Heinrich Boell Stiftung

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