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Vu par Zibeline

"Comme elle vient" de Swen de Pauw, analyse cohérente de notre monde « comme il va »

Comme elle vient

On avait laissé le docteur Georges Yoram Federmann dans son cabinet de psychiatrie à Strasbourg, on le retrouve dans sa cuisine tout aussi désordonnée que son lieu de travail. Après Le Divan du monde présenté au FID Marseille en 2015 où il filmait la pratique du médecin alsacien à travers ses échanges avec ses patients, Swen de Pauw revient en 2018 sur cet homme hors norme avec ce deuxième documentaire : Comme elle vient.

Adoptant le dispositif minimal de Richard Brouillette dans Oncle Bernard – l’anti-leçon d’économie, le réalisateur, hors champ, lance des thèmes que Federmann, assis, face à la caméra, saisi en plans rapprochés, développe, tandis que tourne la bobine 16mm. Des noirs et blancs sans fondus, des claps numérotés et des interrogations techniques marquent le changement de bobines rythmant la leçon du psychiatre. Une leçon -ou anti-leçon- très douce, se teintant parfois de véhémence quand affleure l’indignation.

À la fin de sa carrière, ce militant de gauche qui cite Jésus Christ, ce Juif marocain qui défend la cause palestinienne mais aussi l’existence d’Israël, ce docteur qui pense qu’on ne peut appréhender la souffrance des malades qu’en considérant leur statut social et économique et que la médecine est fondamentalement politique, ce praticien fort de ses partis-pris humanistes et de son engagement sans faille auprès des plus fragiles, développe librement sa réflexion.

Expériences personnelles et professionnelles interférent. La résilience après la perte de sa première femme tuée par un ex-patient. La formation à la fac fondée sur la sélection et l’exclusion. La collusion des labos dans le système de santé. La régularisation des étrangers malades. L’accueil sans rendez-vous des toxicos et des marginaux de toutes sortes. L’écoute des Anciens Combattants et des cabossés de toutes les guerres, des Malgré-nous d’Alsace-Lorraine de 41 comme des réfugiés africains d’aujourd’hui. L’histoire des rapports dérangeants entre médecine et nazisme. Le passé à interroger avec honnêteté et vigilance à travers les noms inscrits sur les plaques des rues.

Tous ces sujets s’enchaînent. Et peu à peu, la parole « comme elle vient », construit une analyse cohérente de notre monde « comme il va ». Ainsi que le portrait d’un homme de bien, qui avoue avoir été marqué enfant par le cinéma épique, Ben Hur, Geronimo ou Spartacus. Des films où le « Gentil » se révolte et meurt à la fin parce qu’il préfère, au pouvoir, la liberté !

ELISE PADOVANI
Janvier 2019

Comme elle vient de Swen de Pauw sortira le 9 janvier (1h42)

Photo : Comme elle vient © Projectile