Pépite venue de Tchéquie : Somewhere over the chemtrails, premier film d’Adam koloman Rybansky

Comédie à la tchèqueVu par Zibeline

Pépite venue de Tchéquie : Somewhere over the chemtrails, premier film d’Adam koloman Rybansky - Zibeline

Dans la morosité d’un festival marqué par les précautions sanitaires et l’angoisse de voir son test quotidien, sésame de toute projection, se révéler positif, au cœur d’une programmation à tonalité -osons l’euphémisme- plutôt grave, une petite pépite tendre et drôle, venue de Tchéquie : le premier film d’Adam koloman Rybansky, Somewhere over the chemtrails.

Le réalisateur, dont le talent n’a pas attendu le nombre des années, concourait dans la section Panorama.

Cette comédie nous conduit dans un petit village tchèque. Là, tout le monde se connaît. Les gens ne sont ni bons ni méchants. Les natifs ruraux, un peu ploucs, côtoient des immigrés bien intégrés et sont racistes par principe et par bêtise. Standa (Michal Istenik) un pompier naïf au ventre presqu’aussi rebondi que celui de sa femme Jana (Anna Polivkova), enceinte de neuf mois, est tiraillé entre la tolérance toute naturelle de son épouse et la xénophobie viscérale de son chef Bronya (Miroslav Krobot), veuf, dépressif, qui est comme un père pour lui. Dans cette campagne reculée il ne se passe jamais rien mais l’islamophobie, les thèses conspirationnistes et les hoax trouvent un terreau propice : les Arabes sont forcément des terroristes, les traînées blanches du sillage des avions contiennent -c’est certain- des agents biologiques délibérément répandus sur les populations par les gouvernements malfaisants et le vinaigre est l’antidote à tous les maux. C’est la Semaine sainte. On décore les œufs. Le prêtre prépare la célébration de Pâques et tradition oblige les pompiers organisent une kermesse à la ringardise assurée : papier crépon, lancers de tonneaux et bière à flot. Dans ce microcosme, un accident va transformer la peur et le racisme latents en paranoïa offensive dans un engrenage burlesque. Car sur ces sujets graves le parti pris est de sourire, sans sarcasme, avec une malice indulgente. Dans les gestes maladroits de Standa, tout se grippe : les canettes ne se décapsulent pas, le lit de bébé dégringole au montage, la tronçonneuse est récalcitrante, le sexe se fait au vinaigre et fait tousser. Dans l’histoire tout dérape : les suicides ratent, les pompiers mettent le feu aux poudres et attisent la crise, les attentats n’en sont pas, et le terrorisme est tchèque. Le film commence dans un cimetière et fait immédiatement penser à Aki Kaurismäki. La photo minimaliste posée, signée Matēj Piños, recrée plan par plan le « quelque part » du titre, autour de cette communauté ordinaire mais extraordinaire dans ses extravagances involontaires. En ces temps pascaux, le film se fait édifiant -sans connotation péjorative : il « édifie », construit un conte bienveillant à hauteur d’homme ; ce n’est pas le Christ qui rachètera les péchés mais le père-ami de Standa laissant le spectateur entre le rire et tristesse.

ELISE PADOVANI
Février 2022

Photo : Somewhere over the chemtrails, Adam koloman Rybansky © Pluto Films