« Burnout » de Cécile Brochoire : parfois, une autre vie est possible

Combustion lenteVu par Zibeline

« Burnout » de Cécile Brochoire : parfois, une autre vie est possible - Zibeline

Elle (Cécile Brochoire) est l’évaluée. Lui (Pierre Laneyrie) est l’évaluateur. Tous deux se préparent à jouer leur partition lors de cet exercice professionnel annuel, silhouettes statiques face à un ordinateur posé sur une petite table, la même des deux côtés, dans l’univers froid d’un quelconque open space. Dans leurs costumes impeccables, isolés dans leur bulle de réflexion, elle et il ne laissent rien paraître des souffrances et du feu qui couve. Mais les premiers mots arrivent, qui déjà disent les fêlures et la perte de sens, professionnel et personnel. Un Burnout annoncé, silencieux, insidieux, imparable. « Travailler plus. Travailler plus. Chaque jour. […] Il faut que je montre que je suis capable. […] Je mérite d’être promue. Je mérite. Je travaille plus et je mérite plus. » Lui n’est pas en reste : « Il ne faut pas avoir honte de travailler. Il ne faut pas avoir honte d’avoir une vie plus facile pour sa famille ». Ces monologues intérieurs vont se succéder, les phrases sont courtes, répétitives, les mots claquent et s’entrechoquent à une vitesse qui laisse peu de place à la respiration. Leitmotivs qu’elle proclame comme une assurance que les lendemains ne risquent pas de se déliter, tandis que lui fait face à sa petite voix qui lui rappelle qu’un jour il s’est trompé. La machine broie, de tous côtés. Ils prendront la parole chacun à leur tour, ne se croisant que rarement, sans se regarder. La lecture du texte d’Alexandra Badea (Editions L’Arche) fut un choc pour Cécile Brochoire, comédienne, metteure en scène et directrice artistique de la Cie Chabraque. Un de ceux qui font « soulever le mouchoir et interroger les engrenages d’une société qui, tel Frankenstein, semblent nous avoir dépassés ». 

Si sa mise en scène offre toute la place à ce texte froid, cinglant, elle laisse cependant émerger un peu de poésie par le biais de dessins finement animés (Christophe Galleron), projections vidéo qui sont les doubles vibrants des personnages, rappelant que, parfois, une autre vie est possible.

DOMINIQUE MARÇON
Décembre 2021

Burnout a été créé les 18 & 19 novembre au théâtre La Passerelle, scène nationale de Gap

Photo : Burnout © Sylvain Roux

Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/