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Vu par Zibeline

Le Raoul Collectif ouvre avec brio la saison du Théâtre Joliette-Minoterie

Collectif de rentrée

Le Raoul Collectif ouvre avec brio la saison du Théâtre Joliette-Minoterie - Zibeline

Pour la saison 2017-2018, le Théâtre Joliette entend nous faire jouer avec l’incertain. Dans cette optique, on ne pouvait guère imaginer de meilleure ouverture que celle qui a été proposée vendredi et samedi derniers : Rumeur et petits jours (seulement deux petits soirs hélas), le deuxième spectacle des cinq Belges du Raoul Collectif. Quoi de plus incertain en effet que leur façon d’avancer par phases, au fil des propositions de l’un ou de l’autre, d’improvisations, au gré de formes  toujours susceptibles d’évoluer, selon une méthode qui n’en est justement pas une puisque, affirment-ils, « elle s’invente au fur et à mesure qu’on travaille » ? Ce qui est certain, en revanche, c’est que le pari de ce collectif d’auteurs-metteurs en scène- comédiens est brillamment tenu : offrir un théâtre d’idées intelligent et accessible à tous, ils savent. Faire rire aussi. En usant avec maestria de toutes les ficelles du spectacle comique –gags et clowneries, répétitions, déguisements… – tout en laissant au langage une place de choix, dans un esprit surréaliste totalement loufoque (enfin pas tant que cela, car les questions qu’ils posent sont d’une actualité brûlante) et absolument réjouissant, plein de références revues et corrigées (« Vous n’avez pas le monopole de l’ampoule »), d’ironie, et d’un sens de l’absurde assez redoutable.

Rumeur et petits jours met donc en scène cinq chroniqueurs de radio qui réalisent, face à nous qui en devenons de fait les auditeurs, l’ultime numéro d’« Epigraphe », une émission culturelle qui n’est pas sans en rappeler de célèbres. Dans leur studio enfumé dont le matériel a connu des jours meilleurs, Jean-Michel, Jules, Robert, Jacques et Claude s’interpellent, se coupent, se contredisent,  mais tombent d’accord pour faire de ce dernier passage à l’antenne un feu d’artifice de beauté… Alors, pendant près de deux heures –qu’on ne voit pas filer-, on va écouter le soleil, les télex furibonds d’une auditrice (toujours la même), les commentaires désopilants d’un courrier de Benoîte Grilloux (?), des chansons et les synthèses éblouissantes de nonsense de Claude… On assistera également à une délirante  projection de diapositives radiophoniques, on ira faire un tour dans le désert mexicain, on essaiera même de « buter une idée ». Cette idée, c’est TINA (acronyme de There Is No Alternative), qu’incarne –très glamour et avec moustache- l’un des cinq compères travesti. Une idée dont le spectacle rappelle les origines : l’immédiat après-guerre et le concept de « main invisible ». De telles idées, il faudrait pouvoir les tuer. Or Tina semble très sûre de son pouvoir. Et quand le public du théâtre est invité à lui poser des questions, du genre « Macron, c’est une idée à vous ? »- car chaque représentation laisse une part à l’improvisation (l’incertain, toujours)- son cynisme souriant fait mouche et le rire vire au jaune. Comment résister à de telles emprises ? En allant voir ce genre de spectacle sans doute. Première étape, très drôle et percutante, d’une réflexion à poursuivre, seul ou en collectif.

FRED ROBERT
Septembre 2017

Rumeur et petits jours de et par le Raoul Collectif a été représenté les 29 et 30 septembre au théâtre Joliette (Marseille).

Photographie : Raoul Collectif © A.Piemme AML


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr