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Vu par Zibeline

Rencontre avec Marielle Macé dans le cadre de la Biennale des écritures du réel

Coïncidence exorbitante

Rencontre avec Marielle Macé dans le cadre de la Biennale des écritures du réel - Zibeline

Sidéré : étymologiquement, subir l’influence néfaste des astres, être frappé de stupeur. Considérer : contempler les astres. Lors de la rencontre à la librairie L’Histoire de l’œil organisée dans le cadre de la Biennale des écritures du réel et autour de son essai Sidérer, considérer, Migrants en France en 2017, Marielle Macé introduit son propos en soulignant l’importance de l’effort littéraire pour dire juste et pour traiter avec justice. Quel monde nos mots et nos phrases soutiennent-ils ? Comment, devant la situation des migrants, passer d’un état de sidération qui nous saisit et nous tient éloignés, nous touche sans parvenir à nous relier, à l’action de considérer, de regarder attentivement, avec égards, de tenir compte ? Sous nos yeux émergent des bords en plein centre et avec eux la brutalité des collusions de réalités comme celle des quais de Seine où un campement de réfugiés érythréens, éthiopiens, somaliens, s’inscrit dans un côtoiement impossible avec La Cité du Design et de la Mode, sa discothèque, le siège de la banque Natixis et la BNF. C’est d’ailleurs ce même espace, comme l’évoque Sebald dans son roman Austerlitz, que les Nazis utilisèrent pour entreposer les biens pillés aux familles juives parisiennes pendant la Seconde Guerre mondiale. Et c’est cette même guerre durant laquelle Walter Benjamin tenta, exil après exil, de sauver sa bibliothèque pour finir par la disperser puis l’abandonner, n’emportant que l’indispensable, un masque à gaz et des effets de toilettes…

Face à une actualité crue de flots d’images où toutes les existences ne se valent pas, l’auteure se réfère au texte Ce qui fait une vie, essai sur la violence, la guerre et le deuil de Judith Butler et ouvre une réflexion sur la reconnaissabilité des vies. S’il faut avoir conscience des souffrances, il faut également reconnaître les personnes à partir de leur héroïsme et leurs réalisations, comme dans la jungle de Calais où églises, mosquées, bibliothèques, théâtre, écoles, restaurants, salle informatique, épiceries ont surgi du néant. Un point de vue partagé par le collectif PEROU « pôle d’exploration des ressources urbaines » dirigé par Sébastien Thierry et composé de politologues, juristes, urbanistes, architectes et artistes qui installaient en 2012 une « Ambassade du PEROU » dans un campement rom du bord de la nationale 7. Ce dernier fut rayé de la carte en 2013 sous le coup d’un arrêté municipal dont les 70 occurrences du mot « considérant » ne manqueront pas d’être relevées et parodiées… À Calais, ce même collectif dénonce le projet public d’un parc d’attractions, Heroïc Land dont le financement s’élèverait à 270 millions d’euros, et propose à la place un chantier de l’hospitalité ; ce qui leur vaut un procès !

Le texte de Marielle Macé, tout en tact, en précision et en finesse, regorge de nombreuses autres références empreintes de clairvoyance et d’humanité, telles Jean-Christophe Bailly, Francis Ponge, Henri Michaud, Edouard Glissant, Michel Agier… La rencontre avec l’auteure, en la présence de l’association SOS Méditerranée, est ainsi lumineuse et vive. Elle résonne avec autant de force que la période est marquée par le projet de loi très contesté Asile et Immigration…

MARION CORDIER
Avril 2018

La rencontre avec Marielle Macé s’est tenue le 5 avril à la librairie l’Histoire de l’œil, dans le cadre de la Biennale des écritures du réel organisée par le Théâtre de La Cité.

 

Sidérer, considérer, Migrants en France en 2017 Marielle Macé
éditions Verdier, 6,50 €

photographie : (Rencontre M. Macé) Marielle Macé et Emmanuel Picaud © Olivier Vincent (1)


Librairie Histoire de l’Oeil
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13006 Marseille
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Théâtre de la Cité
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