Célimène Daudet et l’Orchestre des Pays de Savoie font corps au GTP

Cœurs gorgés pour salle videVu par Zibeline

Célimène Daudet et l’Orchestre des Pays de Savoie font corps au GTP - Zibeline

En guise d’introduction au concert, le directeur des Théâtres Dominique Bluzet vient saluer avec conviction une salle « vide de spectateurs mais pleine d’espérance ». Le programme rassemblant la pianiste Célimène Daudet et l’Orchestre des Pays de Savoie pour célébrer, entre autres, la dernière création du compositeur Christian Rivet était très attendu. Sa conversion au format numérique a le mérite de faire exister une date au lieu de la repousser ad nauseam. Mais son unique disponibilité en live -soit en temps réel sur la page Facebook des Théâtres et du GTP- en réduit quelque peu l’accessibilité, quand la mise à disposition par d’autres scènes et d’autres orchestres de la vidéo sur plusieurs jours se révèle plus adéquate, puisqu’elle permet aux spectateurs d’apprécier les œuvres sans quelques inévitables coupures intempestives… 

 

Orchestre des pays de Savoie © M. Vanappelghem

 

D’autant que les œuvres en question se révèlent fascinantes. Le Concerto pour Piano de Christian Rivet convoque un imaginaire familier, entre atonalité du langage et onctuosité rythmique. Conçu spécialement pour l’impressionnante Célimène Daudet, l’opus rappelle dans ses contours les mélopées lyriques du luth, instrument de formation du compositeur. Le temps suspendu dessine, au fil de traits disséminés d’un pupitre à l’autre, un paysage mouvant fait de timbres versatiles, toujours distincts et pourtant toujours en osmose. Après avoir, sur ces très belles pages, fait montre de son art du contraste, l’Orchestre des Pays de Savoie brille par sa science de l’équilibre sur le Concerto n°21 de Mozart. La direction de Nicolas Chalvin demeure ici inspirée, et se greffe avec une complicité évidente au jeu décidément irréprochable de la pianiste. Les échanges avec les instrumentistes -mention spéciale à la hautboïste soliste Camille André– se révèlent d’une finesse inouïe. Le phrasé, souple, se joue sur l’inoxydable Andante du flou de la pulsation pour mieux laisser enfler un lyrisme à toute épreuve. Sur la Symphonie n°82 de Haydn, dite de l’Ours, ce n’est plus aux larmes mais à la danse que l’orchestre invite, en déployant des trésors d’expressivité et d’humour sur une œuvre dont on a trop souvent oublié la douce folie. 

SUZANNE CANESSA
Janvier 2021

Concert donné en direct et en streaming sur les pages Facebook Les Théâtres et le Grand Théâtre de Provence le 19 janvier

Photo : Célimène Daudet © DR

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