Retour sur Frontières Dedans/Dehors à voir jusqu'au 30 juin à La Friche, Marseille

ClaustrophobieVu par Zibeline

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Jusqu’au 30 juin, Lieux Fictifs présente Frontières Dedans/Dehors, un dialogue entre l’art, la prison et la société à la Friche. Un dialogue qui se noue autour d’une exposition de films courts et d’une installation cinématographique, fruits d’un travail de longue haleine mené avec des personnes détenues et d’autre pas, avant de s’approfondir lors d’une conférence ouverte aux professionnels comme au grand public.

L’exposition Images en mémoire, images en miroir a été conçue à partir d’archives mises à disposition par l’INA, les participants ayant eu pour règle du jeu de les utiliser de manière fictionnelle en y mêlant la matière de leur propre vie. Le résultat est immersif : sur les écrans inondations, avalanches, fusillades et scènes d’émeutes vous sautent à la figure, tandis que l’impact énorme du montage audio résonne dans les casques mis à disposition. Quelqu’un vous assène «tu es ce congolais, tu es cet algérien» devant l’image d’un homme menotté, molesté ; une femme évoque sa vie à attendre celui qui est en prison, tandis qu’une autre murmure en espagnol : «siento la rabia crecer1». La scénographie provoque chez le spectateur une étrange réminiscence (peut-être un cliché ?) liée au pouvoir évocateur des postes de télévision, à travers lesquels la rumeur du monde parvient aux détenus.

C’est aussi la scénographie qui frappe lorsqu’on aborde Dans la solitude des champs de coton, l’installation cinématographique programmée à la Cartonnerie. Un dispositif de fauteuils rotatifs entre quatre écrans géants donne au début une sensation de liberté : d’un mouvement du pied on passe d’un mur à l’autre, du personnage du dealer à celui du client, incarnés par de multiples visages et autant de voix. Mais très vite le procédé se révèle étouffant, la pièce semble rétrécir avec les minutes qui passent, la claustrophobie guette. Certains spectateurs émergent du spectacle deux heures plus tard avec la sensation de pouvoir enfin reprendre souffle, d’autres restent assis un petit moment, histoire de digérer tranquille cette forte impression. Le texte de Koltès, malaxé par des interprètes amateurs souvent bluffants de présence, irrite ou fascine, pas d’entre-deux. Une telle langue ne peut pas séduire tout le monde, mais ne laisse personne indifférent.

GAËLLE CLOAREC
Juin 2013

Images en mémoire, images en miroir et Dans la solitude des champs de coton, du 13 au 30 juin
Conférence européenne sur la création artistique avec les publics sous main de justice, du 25 au 27 juin
La Friche la Belle de Mai, Marseille

1 «Je sens la rage monter»

Photo : Dans la solitude des champs de coton réalisée par Joseph Césarini et Caroline Caccavale (c) Andre Merian

La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 95
http://www.lafriche.org/

Lieux Fictifs
Laboratoire de Recherche Cinématographique
Friche Belle de Mai
13003 Marseille
04 95 04 96 37
http://www.lieuxfictifs.org/