Critique de l'ouverture du festival Montpellier danse

Classique, tradition et désespoirVu par Zibeline

• 23 juin 2017⇒7 juillet 2017 •
Critique de l'ouverture du festival Montpellier danse - Zibeline

L’ouverture de Montpellier Danse a fait varier les plaisirs et les chocs…

Créé par Dominique Bagouet et Jean-Paul Montanari en 1981, Montpellier danse se veut à la fois un festival de recherche et un panorama de la création chorégraphique  dans toute sa variété. Le week-end d’ouverture en témoignait : Angelin Preljocaj et ses Pièces de New York étaient attendus dans le vaste Corum. Leur style, d’une contemporanéité désormais classique, impose sa virtuosité. Les souvenirs de Balanchine traversent La Stravaganza, le désir puritain brûle les corps de Spectral Evidence, et les pièces, écrites à vingt ans d’intervalle, font dialoguer les corps étrangers devenant américains.

Moins courant à Montpellier danse, le flamenco. Il est cette année sur toutes les scènes, y compris dans la Cour d’Honneur à Avignon. Antonio Canales est sans conteste un grand artiste étonnant, aux chaussures rouges et à la grâce maniérée, envers de la silhouette gracile de Rafael Campallo qui campe une virilité paradoxale. Le public vibre, la musique est puissante, mais ces huit hommes explorant une tradition Sévillane privée de femmes ont un goût de passé, à l’heure où un flamenco renouvelé explore d’autres pistes…

Dans un registre diamétralement discordant, aux antipodes du convenu et faisant longuement exploser les tabous intimes, le solo de Steven Cohen. L’artiste Sud-Africain, queer et juif, écrit un chant d’amour à son compagnon disparu, dans un total refus de résilience. Il porte le corps de l’aimé sous ses pieds, mêle la danse et la mort, intimement, infiniment. Entre deux traversées de scène un film, tourné dans un abattoir, montre le performer s’enduisant du sang des bœufs, et le moment de leur mort, leur cou tranché, leur œil qui cille encore, leur tremblement ultime. Le performer plonge dans ce bain de sang animal comme pour un baptême de douleur. Puis sur scène il mangera les cendres de l’aimé, prononçant un kaddish, actualisant jusqu’aux limites la cérémonie théâtrale. Car pour Steven Cohen la perte de son âme sœur est sans consolation possible.

Agnès Freschel
Juin 2017

Montpellier danse s’est déroulé du 23 juin au 7 juillet

Photo : Put your heart your feet… and walk !, Steven Cohen © Pierre Planchenault

http://www.montpellierdanse.com/