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Vu par Zibeline

"Bravo virtuose", premier film tonique et audacieux de Levon Minasian

Clarinette-Gun

• 2 février 2018, 14 février 2018 •

Une clarinette et un pistolet superposés forment un étrange objet hybride au bas duquel s’accroche un personnage tout petit au milieu d’une pluie de billets de banque. De part et d’autre de la verticale du corps-canon, en gros plans, deux visages plutôt sérieux, également beaux. Celui d’un jeune homme (Samuel Tadevosian) et d’une jeune femme (Maria Akhmetzyanova). Derrière eux, un paysage sauvage blanchi, estompé, barré par des montagnes. C’est ce qu’on voit sur l’affiche du film de Levon Minasian : Bravo virtuose. Et tout y est ! la musique, le polar, le burlesque, la comédie sentimentale, l’Arménie en toile de fond. Pourtant le film arrivera encore à nous surprendre par ses changements de registres, ses partis-pris facétieux, sa liberté de ton et de style(s).

Dans l’Arménie post soviétique livrée au capitalisme sauvage, la musique classique vue comme l’expression de «l’Europe pédérastique» n’est pas très soutenue. Or Alik est clarinettiste dans un orchestre de chambre. Fils de héros tués, en 1993, pendant la guerre du Haut-Karabagh, il a été élevé par son grand père, ancien professeur au Conservatoire, dans la rectitude et l’exercice de l’Art d’Euterpe. Il prépare avec son orchestre dont tous les membres exercent d’autres boulots pour survivre, un grand concert. Las ! L’administrateur se barre avec la caisse et le mécène qui finançait le projet est malencontreusement assassiné. Faute d’argent tout va être annulé. C’est alors que les scénaristes imaginent l’improbable romanesque si jouissif ! Par un concours de circonstances, Alik virtuose de la clarinette, récupère un téléphone – rouge, bien sûr- et endosse l’identité de son propriétaire, un tueur à gages maestro du meurtre, et surnommé pour cette raison : Le Virtuose. «Le sublime ne se construit pas sur le répugnant» lui affirme son grand père mais voilà notre «gentil» entrainé dans le monde des «très méchants» par un engrenage tout aussi virtuose.

Sur son chemin, il rencontre Lara au prénom pasternakien, petite sœur de l’Uma Thurman de Pulp fiction, semblant sortir d’une BD érotique des années 80, fillette persécutée d’un ancien conte slave ou vénéneuse belle-fille gothique d’un dangereux mafieux. Il boit de l’Orgamus cocktail servi par un barman mutique et effrayant. Croise un SDF médaillé, débris d’un passé révolu et d’horribles bonhommes ventripotents se considérant comme les héros du présent et qui, même réunis dans l’or du tableau de la Cène ne sont les Apôtres que de la violence, du fric et du mépris. Levon Minasian parle de la perte des valeurs humanistes et des codes moraux en jouant sur les codes génériques. On pense, référence involontaire ou non à La mort aux trousses d’Hitchcock pour la clarinette et l’usurpation d’identité par temps de guerre froide. Le jeune réalisateur convoque l’Histoire, l’histoire du Cinéma, la Peinture et surtout la Musique dans une partition tout en ruptures servie par deux musiciens contemporains : le pianiste de jazz Tigran Hamasyan et Michel Petrossian qui a conçu comme un véritable personnage, le Concerto pour clarinette et orchestre joué par la formation d’Alik, et interprété par Philippe Berrod. On connaît mal le cinéma arménien et il faut remercier Robert Guédiguian d’avoir produit Bravo Virtuose. Un premier film brillant, joyeux, tonique et audacieux.

Avant première à Marseille, au cinéma Les Variétés, le 2 février à 20h30 en présence du réalisateur et du compositeur Michel Petrossian. Débat animé par Boris Henry.

Sortie nationale le 14 février

ELISE PADOVANI
J
anvier 2018

Photo © Agat Films § Cie


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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