Retour sur les derniers spectacles de la Biennale internationale des arts du cirque et des Elancées

Clap de finVu par Zibeline

Retour sur les derniers spectacles de la Biennale internationale des arts du cirque et des Elancées - Zibeline

Derniers retours sur la Biennale internationale des arts du cirque et les Elancées, en attendant, l’an prochain, l’Entre-Deux Biennale et les 20 ans des Elancées !

À la Biennale

Ce n’est ni un spectacle, ni une performance, ni du cirque, ni de l’art plastique. C’est autre chose. Si un mot peut définir le travail de Johan Le Guillerm ce serait peut-être celui d’alchimie. À la fois artiste, architecte, sculpteur, acrobate, équilibriste, le personnage est déroutant, envoûtant, fascinant. Son univers l’est tout autant. Dans Secret (Temps 2), entouré de ses accessoiristes, qui sont de véritables partenaires, il nous plonge dans un monde où la matière et l’homme sont intimement liés.

Tous ses tours, ses effets, ses numéros, n’en sont pas vraiment. Ce sont plutôt des expériences, millimétrées, qu’il reproduit chaque soir, et qui toutes interrogent profondément notre humanité, notre rapport à la terre, à l’habitat, au mouvement, à l’essence de la vie. Lui est en phase, en fusion avec les éléments qu’il manipule. Les objets s’animent, il les transforme à vue. Ils deviennent mouvants ou statiques, à sa volonté.

Une coquille d’escargot géant posée sur son dos, il avance, une tige métallique transformée en cercle fait des allers-retours, un oiseau de papier se pose sur son épaule, une yourte assemblée en poutres enchevêtrées se construit sous nos yeux avant qu’il ne monte en équilibre au sommet. Epoustouflant.

Secret-(Temps-2),-Johan-Le-Guillerm-c-Philippe-Cibille

On avait tant aimé les précédentes œuvres de Yoann Bourgeois ! Notamment Cavale, vu sur les cimes des Hautes-Alpes, lors du Festival Tous dehors (enfin !). Le jeune circassien avait alors atteint ce fameux point de suspension après lequel il court depuis ses débuts, au moins dans nos cœurs et nos imaginaires.

Depuis, il est devenu directeur du Centre Chorégraphique de Grenoble, et son essor professionnel n’est plus à démontrer. Peut-être est-ce cette gravité nouvelle, ou simplement le temps qui passe, qui le ramènent à des dimensions moins aériennes ? Il conserve certes une grâce qui lui est propre : les doigts de métal d’un jongleur (Jörg Müller) éveillent sur une série de tubes les sonorités de la pluie, les cloches d’un village, les sonnailles des alpages ; un micro semble amplifier des voix multiples dans sa propre tête ; une femme attachée (Laure Brisa) soudain se met à voler…

Mais l’ensemble a perdu de l’intense poésie qui courait dans ses précédentes petites formes, ici recyclées. Il faut dire qu’il tourne autour du sentiment amoureux, sujet casse-gueule s’il en est, tant il a été rebattu. Quelle que soit la sincérité d’un artiste, il est difficile d’y trouver… le point d’émotion. D’ailleurs à la fin, Yoann Bourgeois vacille, et ne trouve à se raccrocher qu’un panneau sur lequel est inscrit « Douter ».

Aux Elancées

Entre cirque contemporain et danse traditionnelle, la Halka du Groupe acrobatique de Tanger sut instaurer une folle et joyeuse énergie. Les 14 artistes, 12 acrobates et 2 musiciens, puisant leur inspiration dans la richesse de l’histoire de l’acrobatie marocaine, la modernisent pour écrire leur propre parcours sans rien renier de cet héritage patrimonial.

Sous l’œil complice d’Abdeliazide Senhadji, cofondateur de la Cie XY, ils font partager un attachement viscéral à une poésie déclamée, criée et chantée (un seul regret, ne pas comprendre littéralement ces textes !), mêlée à des figures acrobatiques insensées qui disent la libération, et la joie de pouvoir la communiquer. De pyramides humaines à couper le souffle en figures circulaires tout aussi impressionnantes (Halka signifie spectacle festif en forme de cercle), ils franchissent, avec brio et beaucoup d’humour, les frontières entre profane et sacré…

Un beau spectacle clôturait les Elancées : Attrape-moi, de la Cie québécoise Flip Fabrique, fut un point final réjouissant et galvanisant de cette 19e édition ! Malgré la blessure de l’un d’entre eux, survenue lors d’une représentation la veille, les cinq artistes de cette bande turbulente surent revigorer les disciplines traditionnelles du cirque, lors de joutes virtuoses qui alternaient jonglage, diabolo, cerceau aérien, hula hoop et trampoline.

L’histoire racontée est celle de leurs retrouvailles, 10 ans après des adieux déchirants : lors d’un week-end qui a le goût des prouesses, chacun avait à cœur de montrer aux autres qu’il avait progressé, et qu’il était en mesure de le prouver… Humour et bonne humeur présidaient, les spectateurs ne bénéficiant d’aucun répit, jusqu’aux figures hallucinantes exécutées sur le trampoline qui recueillait leurs prouesses, empreintes d’une belle complicité.

Halka,-Groupe-acrobatique-de-Tanger-c-Ian-Grandjean

JAN CYRIL SALEMI, GAËLLE CLOAREC et DOMINIQUE MARÇON
Avril 2017

La Biennale internationale des arts du cirque s’est déroulée dans divers lieux de la Région Paca du 21 janvier au 19 février, Les Élancées sur le territoire de Ouest Provence du 1er au 12 février

Photos :

Secret (Temps 2), Johan Le Guillerm © Philippe Cibille

Halka, Groupe acrobatique de Tanger © Ian Grandjean