Vu par Zibeline

Lieux publics accueillait The Baïna(na) du collectif G. Bistaki

Cirque génétiquement modifié

• 6 mai 2019 •
Lieux publics accueillait The Baïna(na) du collectif G. Bistaki - Zibeline

Esplanade de la cathédrale de la Major, à quelques mètres de la Méditerranée. Quatre hommes en costume blanc, un transpalette, quelques pelles à neige et du maïs qui coule à flot. Le décor de The Baïna(na) est planté. Pendant près d’une heure, Florent Bergal, Sylvain Cousin, Jive Faury et François Juliot se lancent dans une fresque agrico-sociale, absurde et poétique, dans laquelle alternent rivalité et complicité, sans temps mort. Se qualifiant de « cirque chorégraphique d’investigation », le collectif G. Bistaki se démarque dans le paysage des arts de la rue par un langage à la croisée de la danse, du théâtre gestuel, du mime, du jonglage. La musique accompagne toute la pièce. Des chansons populaires aussi bien que du classique ou du traditionnel indien remixé. Tour à tour danseurs de tango queer, de ballet ou de menuet, ils voyagent d’époque en esthétique, en creusant la relation entre corps, objet et espace. Légers comme des acteurs de film d’arts martiaux, ils se livrent à des combats de pelles pas toujours à fleurets mouchetés. Et puis, il y a ce maïs partout, sur le sol, dans des sacs, dans leurs poches. Une denrée qui semble être le nerf de la guerre de leur drôle de monde. Malgré des airs souvent sévères, le quartet de chantier n’oublie pas pour autant de ne pas se prendre au sérieux. Sur un air de cumbia, ils versent les grains dans leur chemise comme pour gonfler leur panse et se trémoussent un saut sur la tête. Ensuite, les céréales sont versées dans un sachet en plastique noir qu’ils écrasent sur leur tête. Des coiffes aux formes différentes apparaissent et laissent l’imagination de chacun reconnaître des personnages : Elvis, Aladin, Napoléon, une geisha. Leur panse éventrée, les bonshommes se vident avant de s’étaler. Les grains de maïs se ramassent à la pelle, les gags et les références à la mémoire collective aussi.

LUDOVIC TOMAS
Avril 2019

The Baïna(na) a été joué le 6 avril, esplanade de la Major, à Marseille

Photo: Baina(na) c Erik Damiano