Caryl Férey à Marseille pour Les Terrasses du Polar

Circumlittérateur

Caryl Férey  à Marseille pour Les Terrasses du Polar - Zibeline

Pourquoi pas ce néologisme, comme on a forgé circumnavigateur ? À la manière de ces  marins aventuriers qui enchaînent les tours du monde, Caryl Férey n’en finit pas de voyager, de Nouvelle-Zélande en Argentine, d’Afrique du Sud au Chili. De ses voyages, commencés quand il avait la vingtaine et dont il confie que ce sont ses «seules études», il rapporte la matière de ses livres, qu’il travaille ensuite pendant de longs mois (4 ans en moyenne pour un bouquin) avant de les livrer à ses lecteurs… pour les faire voyager à leur tour. C’est ce qu’il dit aimer dans la fiction, «embarquer le lecteur en voyage». Et on peut dire qu’il y réussit : après une saga maorie, puis le très remarqué Zulu (2008) qui fracasse avec talent le mythe sud-africain de la réconciliation nationale, Mapuche, paru au printemps dernier, a pour cadre l’Argentine, des geôles de la dictature aux territoires confisqués aux minorités ethniques, en passant par la crise de 2001-2002.

Caryl Férey, comme son prénom ne l’indique pas forcément, est français, originaire de Bretagne (est-ce de là que vient son goût de l’ailleurs ?). Invité à Marseille pour Les Terrasses du Polar, il a posé son sac à l’Attrape-Mots, le temps d’un apéritif-rencontre dont Agnès Gateff a le secret. Chez cette libraire passionnée, on vient pour dialoguer. Les lecteurs, souvent des habitués, n’hésitent pas à intervenir ; ils posent des questions, donnent leur point de vue, apportent des précisions. Tout l’art de la libraire est de leur laisser la parole tout en guidant l’entretien, ce qui donne des échanges vivants et un vrai moment littéraire. Férey, très à l’aise, a répondu avec beaucoup de franchise et de subtilité. Car sous ses dehors (charmants) de titi parisien et d’autodidacte pas sérieux, cet auteur de thrillers très noirs mène un combat politique. Et la violence de ses écrits, qu’on lui reproche parfois, n’est qu’un pâle reflet des violences et des injustices réelles qu’il cherche à mettre à jour.

FRED ROBERT

Octobre 2012

 

À noter : la librairie fêtera ses 10 ans les 19 et 20 octobre. 2 soirées conviviales, ponctuées de lectures d’extraits des coups de cœur de la libraire et de ses lecteurs

À lire : Mapuche (Gallimard, La Noire) ;  Haka, Utu et Zulu (disponibles en Folio policier)