Vu par Zibeline

Succès international pour la 16e édition d'ActOral, entre Marseille et Montréal

Circulez, y’a tout à vivre !

Succès international pour la 16e édition d'ActOral, entre Marseille et Montréal - Zibeline

Et voilà c’est fini par ici –Hubert Colas a rangé sa vespa et le motard du Radio Vinci Park s’est fort malencontreusement cassé le bras- ça a commencé ailleurs : le festival « marseillais » des Écritures Contemporaines a remis en jeu quelques cartes de sa 16e édition à Montréal, puis se redistribuera à Paris en décembre et cette ouverture souhaitée reste l’un des atouts d’ActOral.

Cette année encore Laurent Garbit a enrichi l’identité visuelle (de celle-là on est preneur) de l’événement en mélangeant sur le O bouée de sauvetage le keffieh et le vieux T-shirt, la culotte et la chaussette dépareillée suggérant peut-être que le torchon et la serviette sont faits pour vivre ensemble. Eclectisme et variété ne sont pas ennemis de l’harmonie et c’est vraiment quelque chose de cette complexité-là que cette édition nous a offert : des présents et des présences (bienvenue aux fantômes de Toshiki Okada ou aux Courneuviens de Laurence Vielle), des découvertes piquantes (Alexander Vantournhout), des complicités confirmées (Jan Fabre / Anthony Rizzi) et des rendez-vous manqués (laissons filer les mauvaises taupes de Philippe Quesne) de tout cela on a déjà glosé sur le site journalzibeline.fr.

On peut y revenir : souligner le bonheur de la lecture d’Olivia Rosenthal, qui révèle avec une mauvaise foi jubilatoire la perversité de Bambi et l’anorexie suspecte d’un(e) Bagheera transgenre ; saluer la réussite du focus sur la création belge avec le point d’orgue du terrible et puissant Nicht Schlafen d’Alain Platel, magistral rituel pour dire le chaos où s’entretissent lieder de Mahler, polyphonies africaines, corps dansants et cheval mort de la plasticienne Berlinde de Bruyckere ; si la légèreté de Miet Warlop a laissé froid, la « pièce » foutraque et joyeusement loufoque de Benjamin Verdonck et Peter Ampe aux prises avec rien moins que les objets, l’espace, le temps, la langue, le corps, la musique, le cosmos, les quatre saisons de Vivaldi et la merveilleuse fluidité du miel, a délicieusement apaisé les yeux et les oreilles du spectateur tenté par le tri sélectif.

Que nous suggère-t-on alors dans ce réjouissant We don’t speak to be understood ? De laisser filer ? De prendre ensemble le large vers ce qui se présente : le beau et le laid, le brisé et l’entier, le grognement et la parole claire, le bancal et le stable ? Compris ! Toutes oreilles dehors encore –All Ears– et les yeux pas dans la poche nous avons agréablement louvoyé aussi avec la performeuse Kate Mc Intosh qui a donné une leçon subtile de saut de frontières et de marche en crabe à un public tantôt objet tantôt sujet.

L’air de rien (tout un art), la jeune femme -un corps, une voix, de l’allant- fait subir un questionnaire intime et interminable à toute une salle captivée et réactive ; on lève la main, le bras, on se lève, on se tourne, on regarde son voisin dans les yeux, on s’agace, on résiste puis on accepte de souffler dans des sachets, de jeter des billes sur la scène et de tirer des fils qui bouleversent l’agencement du plateau ; du son est prélevé puis rendu dans le noir ; on s’y reconnaît plus ou moins et pourtant on y était et d’ailleurs on y est, augmenté des autres ! Processus simple, maîtrisé, fluide qui offre un peu d’émoi au présent. The Thrill is not gone et c’est l’essentiel !

MARIE-JO DHÔ
Novembre 2016

La 16e édition du festival ActOral a eu lieu à Marseille du 27 septembre au 15 octobre et à Montréal du 25 octobre au 5 novembre

L’exposition The Thrill is gone du plasticien Theo Mercier, parrain de cette édition, se poursuit au Musée d’Art Contemporain de Marseille jusqu’au 29 janvier 2017.

Le numéro 44 de la revue IF propose un écho à la programmation du festival.

Photo : Nicht Schlafen – Alain-Platel © Chris Van der Burght