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Vu par Zibeline

Cineastas : Buenos Aires ville cinéma selon Mariano Pensoti

Cinéma fleuve

Cineastas : Buenos Aires ville cinéma selon Mariano Pensoti - Zibeline

Un spectacle surtitré en espagnol, avec deux niveaux de narration et quatre histoires entrecroisées ? Pourtant Cineastas écrit et mis en scène par l’Argentin Mariano Pensoti, est limpide et foisonnant, comme ces romans de Diderot ou Marivaux qui superposent malicieusement les histoires mais nous entrainent pourtant dans le tourbillon de chacune. Grâce à un partage vertical de l’espace et un simple passage de relais au micro, les niveaux de narration sont parfaitement compréhensibles, et on prend plaisir à cette gymnastique qui maintient constamment l’intérêt en éveil : au rez de chaussée, les cinéastes, qui vivent leur vie et inventent aussi les univers qui apparaissent au premier étage, davantage comme leur création mentale que comme la réalité d’un plateau de tournage. Les scènes elles-mêmes, en haut et en bas, sont à moitié jouées par les acteurs, à moitié racontées au micro par un narrateur, qui change sans cesse. Les dialogues se superposent, on n’en saisit qu’une part, mais qu’importe, le fil n’est jamais rompu ! Les cinq comédiens passent d’un personnage à l’autre, de la fiction au réel, du bas en haut, de la narration au jeu, et malgré la complexité du dispositif le spectateur suit chaque intrigue… qui toutes racontent comment le réel et la fiction s’entrechoquent, se contaminent, s’enrichissent ou se contredisent.
L’un des personnages est un cinéaste commercial qui apprend qu’il va mourir, et peu à peu introduit sa propre vie dans sa fiction qu’il veut testamentaire ; l’autre au contraire est une documentariste qui se perd dans son travail d’archives et la nostalgie vague d’un monde disparu et lointain, celui d’avant la Russie soviétique ; Luca, cinéaste expérimental qui travaille à Mac Donald, et tourne un film révolutionnaire où il torture un otage qui peu à peu consent à son aliénation, comme lui dans la vie se soumet aux techniques de management ; enfin une jeune cinéaste raconte le retour d’un père disparu pendant la dictature, et croit faire un film politique, alors qu’elle ne rêve qu’au retour du sien… Le visage de Buenos Aires, ville aux mille tournages, est celui de toutes les utopies et aliénations, celui où les illusions de l’amour et même du désir se délitent confrontées au réel, qui n’existe pas. Car l’approche de la mort, de la naissance, l’adoption, la disparition, l’origine et la fin sont des questions inatteignables. La seule certitude est que la quête de la vérité est vaine, que les testaments et les retrouvailles sont impossibles, et que la seule chose tangible est le plaisir de raconter et vivre des histoires. Comme au cinéma, au théâtre, ou dans les romans fleuves…
AGNES FRESCHEL
Avril 2015

Cineastas a été joué à la Criée du 23 au 25 avril 2015


La Criée
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