Le Festival d’Automne de Gardanne, toujours une mine de talents

Ciné passionVu par Zibeline

Le Festival d’Automne de Gardanne, toujours une mine de talents - Zibeline

« Il a eu lieu ! » sourient enfin les organisateurs du Festival d’Automne de Gardanne.

Cette 32ème édition était pourtant bien compromise, déjà les deux salles s’étaient pliées aux exigences des jauges réduites, et adaptées aux contraintes sanitaires, mais la veille de la première tombait la nouvelle du couvre-feu… en une nuit les horaires ont été changés, les publics prévenus, et le succès a une fois de plus été au rendez-vous avec des salles « pleines » (selon les nouveaux critères), des débats passionnés entre spectateurs et un panel de pépites parmi lesquelles il a fallu choisir.

Le prix du public cette année a été attribué à Profession du père de Jean-Pierre Améris, qui s’est plié au jeu de la rencontre avec la salle après projection. Inspiré du livre éponyme de Sorj Chalandon, l’œuvre évoque « à hauteur d’un petit garçon », Émile, les années 60, la guerre d’Algérie, le Général de Gaulle que son père, mythomane invétéré, souhaite tuer lors d’un attentat. Entrant dans les méandres de la mystification qui pousse un personnage « à se faire avoir par les fictions d’un autre ». Le père exerce sur sa famille une violence physique et surtout psychologique, et Jean-Pierre Améris souligne « l’héroïsme des enfants face aux violences familiales ». Ici, le père, sans travail « est toujours là, son fils est son ami et son public tout à la fois… L’embrigadement de son propre fils dans des délires qu’il est incapable d’assumer lorsqu’une personne représentant une certaine autorité le met sur la sellette, s’avère d’une étonnante actualité. Ce thème de l’embrigadement est très contemporain, et j’ai eu la tentation d’adapter le roman à notre époque, mais j’ai finalement préféré recréer l’ambiance de mon enfance, le mobilier Henri II défraîchi et l’inénarrable papier peint de cette époque. Par ailleurs, la partie historique n’est pas vraiment abordée, car tout est du point de vue de l’enfant. Il ne s’agit pas non plus d’un film qui cherche à juger, j’aime le personnage de ce père malgré tout, en raison de son inaptitude au réel, et de sa manière d’être encore dans l’enfance par la fiction. C’est pour cela que Benoît Poelvoorde a accepté le rôle… ». Tous les acteurs jouent ici avec une délicate justesse. Le film sera en salles le 2 janvier 2021 (sous réserves). En clôture, un autre réalisateur était invité, Emmanuel Courcol pour Un triomphe, né de l’histoire vraie de Jan Jönson, acteur qui en Suède dans les années 80 anime un atelier de théâtre en prison, le menant à mettre en scène En attendant Godot de Beckett (qui donna lieu à un documentaire Prisonniers de Beckett de Michka Saäl en 2005). « Le grand défi de l’écriture était de faire coexister théâtre et cinéma, mettre en scène les répétitions, tout ce que l’on cache d’habitude… mais tous les acteurs sont impeccablement justes jusque dans la caractérisation des personnages, Kad Merad, David Ayala, Saïd Benchnafa, Lamine Cissokho… et la trahison finale est en fait un incroyable cadeau ! ». En ces temps d’enfermement, l’absurde beckettien prend un relief particulier et Un triomphe est une vraie bulle d’air et d’optimisme ! (sortie le 23 décembre sous réserves)

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2020

Le Festival d’automne de Gardanne s’est tenu du 16 au 25 octobre, au Cinéma 3 Casino

Photographie : Jean-Pierre Améris et Anaïs Rinaldi © Emeric Mathiou

Cinéma 3 Casino
11 Cours Forbin
13120 Gardanne
04 42 51 44 93
http://www.cinema-gardanne.com