Vu par Zibeline

Duo Pahud-Alard au Festival International de Musique de Chambre de Provence

Cigales d’été

Duo Pahud-Alard au Festival International de Musique de Chambre de Provence - Zibeline

Une porte ouverte, fragrances de l’été, chant des cigales… un zeste de la chaleur de midi vient hanter les voûtes romanes de l’abbaye, qui abritent un public dense massé dans les places les plus incongrues, exploitant tous les recoins possibles tant les auditeurs se sont déplacés en foule pour écouter deux solistes majeurs d’aujourd’hui, le flûtiste Emmanuel Pahud et le claveciniste Benjamin Alard. Point de nécessité de présenter les pièces interprétées, un programme précis, érudit mais sans prétention et nourri d’anecdotes, accompagne les spectateurs. Ce jour-là, on se délecte à la lecture d’un extrait de L’Art de toucher le clavecin de François Couperin, qui conseille de mettre un miroir « sur le pupitre de l’épinette ou du clavecin » afin de corriger soi-même les « grimaces du visage », et suggère de faire commencer l’instrument vers six ou sept ans pour « mouler et former les mains à l’exercice du clavecin »… d’ailleurs « comme la bonne grâce y est nécessaire, il faut commencer par la position du corps ». Sans aucun doute, Benjamin Alard a suivi ces préceptes, avec un jeu d’une finesse précise et d’une sensibilité rare sur un clavecin : nuances et couleurs se conjuguent dans l’interprétation du Cinquième Prélude en la majeur (L’Art de toucher le clavecin) de Couperin ou la Suite pour clavecin en fa mineur BWV 823 de Bach. Rapidité élégante des traits, variations légères, font oublier la mécanique de l’instrument. En ouverture, le clavecin suivait de ses volutes une flûte aérienne, aux superbes legato, alliant profondeur et subtilité, en un son moelleux et pailleté, sur le Deuxième Concert Royal en ré majeur de Couperin, dont les indications se dégustent : « gracieusement », « gayement », « tendrement »… Les deux instrumentistes se retrouvaient dans la Sonate en la majeur pour flûte traversière et clavecin obligé en la majeur BWV 1032, dont l’ampleur vive ou rêveuse laisse place à un silence recueilli. En solo, la flûte d’Emmanuel Pahud se livre aux Fantaisies (n° 6 en ré mineur puis n° 10 en fa dièse mineur) de Georg Philip Telemann. Notes filées, infiniment, bonds acrobatiques entre aigus et graves, trilles suspendus… un miracle de justesse et d’intensité. En bis, la Sonate en mi bémol majeur (Sicilienne) BMW 1031 de Bach glisse ses ornementations mélodiques au cœur de la simplicité de ses harmonies. Délices du Festival International de Musique de Chambre de Provence !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2019

Concert donné le 31 juillet, Abbaye de Sainte-Croix
FESTIVAL-SALON.FR

Photographie : Benjamin Alard et Emmanuel Pahud © Benoît Lambert