Picture yourself , six photographes de l’agence Magnum à Toulon jusqu’au 28 septembre

Ciel, mon image !

• 28 juin 2019⇒28 septembre 2019 •
Picture yourself , six photographes de l’agence Magnum à Toulon jusqu’au 28 septembre - Zibeline

Quelle idée bizarre : faire sauter des stars en l’air pour les prendre en photo ! C’était dans les années 50 et 60. Et il en a fait sauter beaucoup, Philippe Halsman, des gens connus : Marylin Monroe, Fernandel, Brigitte Bardot, Jacques Tati, Grace Kelly, Groucho Marx, Peter Ustinov, Cassius Clay… Les sauts sont joueurs, artistiques, clowns, surréalistes, pré-pop. Reliés à la spontanéité, à l’enfance, au plaisir d’être aérien un instant. Et sans doute à un peu d’auto-désacralisation. Si l’ambiance est gaie et légère, certaines de ces stars semblent néanmoins se soucier de l’atterrissage. Ce ne sont pas les moins drôles.

Autres regards, mais tout aussi amusés, curieux, aiguisés, sur l’être humain devenant forme photographique, chez Elliott Erwitt et Martin Parr. Erwitt photographie Marylin Monroe sur une bouche d’aération de métro en 1954, une famille américaine sur canapé en 1962, et, en 1976, en noir et blanc sur fond très blanc, deux ouvriers du bâtiment, un bébé, un teckel, un Père Noël, un homme muni d’un trombone avec son chien. Tous épinglés, au sens propre comme au sens figuré, avec une extrême précision. Tels des papillons sur une planche. Martin Parr, lui, se met en scène dans des montages photographiques pince sans rire, volontiers kitsch, s’amusant de ses voyages autour du monde, de 1991 jusqu’en 2012. Dans des cadres colorés, divers et variés, sa placidité immuable d’une photographie à l’autre, son apparence radicalement banale, et sa bonne volonté touristique font ressortir toute l’incongruité de sa présence au monde. Et, en miroir, l’étrangeté du monde lui-même.

Des « gueules » et des stars

À l’étage se trouvent des portraits en couleurs, des années 80 jusqu’en 2014, pris dans plusieurs pays d’Asie, ainsi qu’au Mali et en Éthiopie, par Steve McCurry. D’autres en noir et blanc capturés dans les rues de New York par Bruce Gilden, des années 80 jusqu’à 2001. Et des stars hollywoodiennes qui posent pour Paolo Pellegrin en mode solo-en-lumière-tamisée dans les années 2008 et 2009. Si au rez-de-chaussée, décalage, jubilation, et extériorité donnaient le ton, ici c’est l’intériorité qui prédomine. Steve McCurry réalise des portraits d’une grande douceur, non exempts de gravité, dans lesquels les visages sont montrés, avec empathie mais sans mièvrerie, comme de pures merveilles, dans des écrins de couleurs. Des icônes. Certains regards ont des transparences vertigineuses, « fenêtres de l’âme » grandes ouvertes… on y plonge sans hésiter ! Plongée également, mais celle-ci un peu oppressante, décadrée, dans les rues de la grande pomme, entrailles urbaines, traversées par une série de personnages, des « gueules » , dont on perçoit, attrapés à la volée par Bruce Gilden, toute l’excentricité, voire le chaos intérieur, incorporé à la ville. Enfin, Paolo Pellegrin se glisse dans l’intimité claire obscure de quelques stars. Il photographie Brad Pitt qui se rase à Los Angeles, Mickey Rourke qui zone au bas d’une cage d’escalier à Londres, Sean Penn qui fume une clope dans une rue de San Francisco, Kate Winslet qui médite à New York, se maquille à Los Angeles, Robert Downey Jr. torse nu dans une chambre à Londres, et Vivienne Westwood qui exhibe sa chevelure à Paris. C’est à la fois assez creux et assez lourd. L’inverse des sauts de stars par lesquels on a commencé.

MARC VOIRY
Juin 2019

Picture Yourself
jusqu’au 28 septembre
Maison de la photographie, Toulon
toulon.fr

Photo : USA. 1962. (c) Elliott Erwitt – Magnum Photos


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