Au pays de l’opérette à l’Odéon

CibouletteVu par Zibeline

• 12 avril 2014⇒13 avril 2014 •
Au pays de l’opérette à l’Odéon - Zibeline

Ciboulette est un petit bijou d’opérette. Reynaldo Hahn, en 1923, a écrit un chef d’œuvre du genre, modèle de finesse et d’élégance, à contretemps du goût de l’époque pour les rythmes importés d’outre-Atlantique, que l’ami de Proust décrivait comme « cette terrible maladie importée d’Amérique qui fait partout d’affreux ravages : la syncopite infectieuse ».  Loin donc des refrains lancinants et des effets faciles, Ciboulette renoue avec l’opérette traditionnelle populaire du 19ème siècle. Réactionnaire, cette volonté d’après-guerre de réaffirmer un art « national » n’est pas isolée puisque, dès 1918, Jean Cocteau la manifestait dans son essai sur la musique : Le Coq et l’Arlequin.

Au demeurant, quel regard aujourd’hui portons-nous sur Ciboulette ? Notoirement, celui d’un monde d’hier, révolu et nostalgique… du Stephan Zweig aux quais de Seine… et c’est peut-être le dernier grand chef d’œuvre de l’opérette française ?

On y entend, certes, une œuvre légère, mais ce qui se joue à l’orchestre est de la dentelle ; ce qu’il en ressort, de la pure mélancolie. La force de l’ouvrage réside, en dehors d’un livret bien construit autour d’une délicieuse intrigue amoureuse, des ensembles et airs chatoyants (“Refrain du muguet”“Valse de Ciboulette”), dans la place originale dévolue au personnage de Duparquet (beau baryton de Rodrigue Calderon) : il n’est autre – on le découvre au cœur de l’ouvrage – que le Rodolphe vieilli des Scènes de la Vie de Bohème, meurtri à jamais par la mort de la jeune et fragile Mimi ! Sa scène parlée, mélodrame à tirer les larmes, et son bel air « C’est tout ce qui me reste d’elle », sont la clé de l’opus : quel sera donc le destin de la jeune maraichère Ciboulette (Laure Crumière) promise au plus beau des partis ? Quel sera celui de l’opérette, cette « fille de l’opéra » qui aurait « mal tourné » ? On n’est pas loin, de fait, à ce moment-là, de l’atmosphère d’un pur… opéra !

On loue l’équipe de l’Odéon, emmenée par Jean-Jacques Chazalet (pour, sans doute, sa dernière mise en scène à la tête du théâtre marseillais), d’avoir pu faire entendre ce bel ouvrage dans une riche programmation, unique en France, d’opérettes !

JACQUES FRESCHEL
Mars 2014

Photo : Ciboulette © D.R.

 

Le Retour de Rip Van Winkle de John QuidorRip

La prochaine opérette (en fait un opéra-comique) est signée de l’auteur des Cloches de Corneville. Robert Planquette compose son Rip (1882) sur un livret original situé aux Amériques autour d’un trésor enfoui par des pirates et d’un rêve éveillé… Où l’on apprend, au final, que la véritable richesse de l’homme réside dans… sa jeunesse !

MARSEILLE. Les 12 et 13 avril à 14h30. Odéon

­http://odeon.marseille.fr­ 04 96 12 52 70

Présentation de l’œuvre à l’Alcazar le 5 avril à 17h (entrée libre)

Tableau : Le Retour de Rip Van Winkle de John Quidor