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SOS Méditerranée, Les naufragés de l’enfer, témoignages recueillis sur l’Aquarius aux éditions Digobar

Chroniques méditerranéennes

SOS Méditerranée, Les naufragés de l’enfer, témoignages recueillis sur l’Aquarius aux éditions Digobar - Zibeline

Le livre Les naufragés de l’enfer, témoignages recueillis sur l’Aquarius est sorti en 2017, bien avant l’interdiction d’œuvrer de ce navire humanitaire. Marie Rajablat, bénévole française chez SOS Méditerranée, a été infirmière de secteur psychiatrique, et sa longue expérience dans l’humanitaire lui permet de transcrire avec une sobriété digne les témoignages des personnes recueillies, ainsi que de la vie à bord de l’Aquarius, ce bateau affrété en 2016 par l’association SOS Méditerranée et qui a sillonné la Méditerranée centrale, « l’axe migratoire le plus mortel au monde », jusqu’en 2018 où le navire a été contraint de cesser ses activités, après avoir sauvé des eaux plus de 30 000 personnes. En un style précis, rapide, sans concession, le travail pointilleux de collecte (du 4 novembre au 17 décembre 2016) effectué par l’auteure rapporte les mots des rescapés, une quarantaine, qui ont accepté de parler, de raconter. Qu’il est difficile de dire l’horreur, les enlèvements, les détentions, l’esclavage, les tortures, les exactions de tout ordre, la fuite de la misère, de la guerre (…) ! Certains ne le pourront pas : « Restent les silencieux, les immobiles. Ceux dont on peut imaginer qu’ils sont perdus loin, très loin, en eux-mêmes ou dans un ailleurs terrible. ». À bord, autour des onze membres de l’équipage, une dizaine de sauveteurs volontaires, une équipe de sept à huit personnes de Médecins sans frontières, deux médiateurs, deux chargés de communication, un photographe (superbes photos de Laurin Schmid, qui rendent aux personnes un regard, une émotion, une sensibilité, une beauté humaine). Le passage sur l’Aquarius offre une parenthèse pour les naufragés qui ont été traités comme des « sous-hommes » et seront « en attente dans des lieux de rétention pendant des semaines ou des mois… ».  Pas de pathos gratuit, des faits, crus, terrifiants, atroces. Et l’on a bien du mal à comprendre comment les destinées humaines peuvent être réduites à des statistiques, des critères de productivité et de profit en lisant ces lignes terribles. Que l’activité du navire humanitaire ait été délibérément stoppée participe d’une pensée qui méprise les êtres et l’humanité.

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2018

SOS Méditerranée, Les naufragés de l’enfer, témoignages recueillis sur l’Aquarius récit Marie Rajablat, photos Laurin Schmid
éditions Digobar, 15 €