Retour sur la XXXIe Semaine sainte en Arles

Chœur d’AmyVu par Zibeline

Retour sur la XXXIe Semaine sainte en Arles - Zibeline

Au sud des ballons Vosgiens, se détache tout en rondeur la Chapelle de Ronchamp dessinée par Le Corbusier et dont fut célébré le cinquantenaire de la construction en 2005 avec la création des Litanies pour Ronchamp composées par Gilbert Amy. C’est cette même œuvre que revisitait Roland Hayrabedian et son ensemble Musicatreize dont l’engagement vocal contemporain et ses expérimentations contribuent à un renouvellement fructueux de nos conditionnements auditifs. L’argument littéraire composite inspiré par le matériau architectural de base puise ses fondements dans une culture chrétienne grégorienne millénaire. Le sens pose d’ailleurs question dans son principe d’incantation, de répétition tempéré par un habillage musical stylistique évolutif au cours des siècles. Dans ce contexte, Kyrie puis Hymne, Verset, répons à la gloire de la Vierge justifient le côté litanique sur le fond architectural et immaculé de Notre Dame : Gilbert Amy habille en une indispensable variété toute contenue les… 51 énumérations du Sancta Maria de Horstius dans des ponctuations alternées et évolutives de ses huit choristes sur le Ora pro nobis. Le langage musical rappelle ce temps de flottement des années 60 où tout fut permis et expérimenté pour rompre avec une tradition tonale jugée à bout de souffle. C’est dans ce contexte libre et atonal que sonne son chœur, polyphonique, en déchant voire en solo, inspiré par la conduite de voix novatrice de l’École médiévale parisienne de Notre Dame et la liturgie orthodoxe en conclusion. Y font écho les cloches tubulaires du percussionniste qui rappellent la vibration sereine et méditative des vitraux et de Ronchamp, agrémentées de la douce diffusion du puits de lumière et de la toiture surélevée. En contrepoint, les interventions de deux chantres et la profonde voix de basse qui en émane rappellent tout en ondulation les inflexions du cantus planus. Au deux tiers de l’œuvre émerge l’Adagio du XVe quatuor à cordes de Beethoven (Quatuor Gustave) dont l’enchaînement extatique de sa conclusion avec le retour du chœur justifie à lui seul la greffe de ce mouvement sur les Litanies : un moment de grâce qui n’a pas échappé à Musicatreize, au sein d’une œuvre parfois redondante et néanmoins méditative au gré de nos sensibilités respectives.

PIERRE-ALAIN HOYET
Mars 2016

La XXXIe Semaine sainte s’est tenue à la Chapelle du Méjan, à Arles

Photo : -c- Guy Vivien