En quête d'Azalée de Jacques Pimpaneau aux Editions Picquier

China girlLu par Zibeline

En quête d'Azalée de Jacques Pimpaneau aux Editions Picquier - Zibeline

Il faut sans doute être un sinologue érudit pour désirer évoquer la figure d’une femme peintre « dans la Chine des Song », ayant vécu dans la seconde moitié du XIe siècle. Jacques Pimpaneau est de ceux-là. Il dispose d’un riche savoir nourrissant le cadre de vie d’Azalée, la société dans laquelle elle a grandi, l’histoire des arts (peinture et littérature), les mythes et religions de l’époque. Toutefois l’auteur n’a pas endossé le rôle du romancier historique, mais celui plus complexe d’un traducteur de l’enquête menée par un lettré chinois sur le parcours d’une artiste émancipée, indépendante et ce dans le préambule du texte. Il précise d’ailleurs qu’il a eu en mains la photocopie du manuscrit en question par l’intermédiaire d’un libraire à Hong Kong. Cette entrée en matière, un peu à la manière de Potocki avec son manuscrit trouvé à Saragosse, dévoile comme un refus à la fois d’une fiction pure assumée et en même temps d’une nécessité de multiplier les éléments narratifs, pièces du puzzle biographique. Ce sont les « témoins de sa vie » qui, par l’entremise du lettré, rapportent chacun, dans des passages rapides, des épisodes de la jeunesse à la mort de la peintre, selon les circonstances. Des passages de son propre journal, des notes de travail et autres papiers en italiques, signés de la main d’Azalée, complètent cette tentative de portrait. Au fil des rencontres, apparaissent son ancienne servante, le docteur Wang, mais aussi son marchand, son monteur (de rouleaux), un chef des mendiants, un vieux lettré, un aubergiste, un menuisier, Mélodieuse, une couturière, un préfet, un bonze…

D’une certaine façon, le lecteur ne parvient pas totalement, en raison de cette succession de points de vue, à s’attacher à cette silhouette, au sens pictural du terme. Azalée ne devient jamais un vrai personnage : sa psychologie reste à la surface des propos toujours favorables des uns et des autres ; les hommes tombent presque tous amoureux d’elle ; elle est certes parfois provocatrice mais elle a tant de qualités !

On aurait aimé sans doute découvrir un être plus vrai même dans le mensonge littéraire, comme une Artemisia Gentileschi chinoise.

MARIE DU CREST
Mai 2020

En quête d’Azalée
Jacques Pimpaneau
Editions Picquier, 14 euros