Retour sur les trois premiers épisodes de Chemin faisant, Marseille, présentés au MuCEM le 6 octobre

Chemin(s) faisant, Marseille(s)Vu par Zibeline

• 6 octobre 2013 •
Retour sur les trois premiers épisodes de Chemin faisant, Marseille, présentés au MuCEM le 6 octobre - Zibeline

Projet développé par La Cité, coproduit par MP13, Chemin faisant, Marseille présenté au MuCEM le 6 octobre, a plongé le public dans trois expériences de «terrain» menées par trois artistes dans trois quartiers de Marseille pendant trois ans. Quartiers «d’arrière-ville» populaires, de «mauvaise réputation», en un mot, pauvres. Chacun y a pris ses marques, son temps d’approche, d’échanges.

Épopée Joliette d’Aurélia Barbet, documentaire musical, met en scène, avec la complicité de Pierre Azaïs, les histoires singulières et la métamorphose spectaculaire de la zone longeant le Port autonome, à travers les chants successifs de ses habitants. En basse continue, pelleteuses, scie, sonnettes, sirènes, rumeurs des chantiers dont les grands panneaux-palissades allèchent le chaland par des images virtuelles. Les grues pivotent dans le ciel tandis que le quartier se raconte. Chant arabe du mécano, les mains dans le cambouis. Complainte de l’exil, blues de l’entre-deux, de la mer confisquée, ou récitatif de la terre interdite pour un marin philippin consigné dans son navire, chanson de docker venue d’ailleurs, hip hop des nouvelles générations interpellant la mairie, «aubade» in-ouïe du ni oui ni non, à une Ninon, vieille auteure-compositrice qui écoute o sole mio dans son capharnaüm bohème.

Avec Omégaville, Anne Alix s’intéressant à ce qui fait une communauté dans un territoire donné, s’est transportée dans le quatorzième, conjuguant le verbe «dire» à la troisième personne. «Ils» disent la forêt d’avant les cités, la concentration des problèmes, le mal de vivre, le désir de quitter le quartier mais tout ensemble le sentiment d’y appartenir, de s’y inscrire. Les jeunes désœuvrés au pied des tours observent, commentent, cabotinent devant l’objectif. La caméra les serre de près, s’arrête sur des enfants, des femmes : photo de groupe, sourires. Omégaville bien loin de l’Alphaville imaginée par Godard, n’est pas une ville déshumanisée où on ne sait plus pleurer mais une cité de chair avec sa pulsation propre, entre espoir et désespoir.

Till Roeskens a pris son vélo pour retrouver jour après jour, au creux du bassin de Séon, les habitants de Consolat-Mirabeau, au grand Nord de Marseille. Il en tire un one-man show, performance de conteur, de funambule en équilibre sur des lignes imaginaires tracées à la craie blanche sur le sol. Se déplaçant sur la carte qu’il élabore au fil de son exploration, de ses rencontres, Till semble un Gulliver bien fragile face à ces vies lilliputiennes devenant peu à peu bien plus grandes que lui. Dans un phrasé de conte, les dialogues reconstitués peuplent l’espace, élevant le plan de situation de la topographie à la géographie. Les mutations du quartier se reconstituent alors à travers l’enchevêtrement des itinéraires individuels. Till le lucide ne cache pas ses difficultés à être «accepté», exprime ses doutes d’artiste au cœur du projet, se découvre dérisoire, lui qui offre des bières en plein ramadan. Till l’espiègle égratigne la politique de la ville. Un responsable découragé confie à Till le tendre que permettre à des gamins de partir en vacances, c’est peu mais c’est déjà ça : quand on ne croit plus aux grands mots, on veille sur les petits maux. Till Roeskens de Dantzig dit la fragilité des identités, du rapport au territoire.

Chemin faisant, la ville au bord chante, parle, suit son fil.

ELISE PADOVANI

Octobre 2013

Photo : Chemin faisant © X-D.R

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