Vu par Zibeline

27e édition du Festival Chants sacrés en Méditerranée d'Écume

Chemins de l’émotion

• 5 octobre 2018 •
27e édition du Festival Chants sacrés en Méditerranée d'Écume  - Zibeline

L’association Écume propose encore pour la 27e édition de son Festival Chants sacrés en Méditerranée une programmation éclectique de pépites qui offrent de merveilleux voyages musicaux. C’est dans l’Italie de la contre-réforme que nous entraînent Lila Hajosi mezzo-soprano et Giovanni Bellini au théorbe, par un florilège de cantates italiennes du début du XVIIe, répertoire quasiment inconnu en France (car peu enseigné), et dont les interprètes ne respectent guère les codes, sourit la jeune chanteuse. « Pas d’improvisation comme dans les pièces françaises, ici, tout est écrit ». Les explications pertinentes jalonnent le concert et éclairent les pièces interprétées, aiguisant notre écoute : fin des notes éthérées ! Voici le verbe qui s’incarne, les mélodies qui osent dissonances, frottements, le laid entre en scène, les larmes, les cris, la douleur, les sentiments les plus extrêmes trouvent leur chair dans ces œuvres qui rendent aux manifestations du sacré leur dimension humaine. Le catholicisme de la Contre-Réforme use de « la pédagogie de l’émotion », la foi est théâtralisée, les êtres sont en proie aux doutes, aux fatigues, aux peurs. La Vierge Marie, avec son enfant dans les bras, a des cernes dans les tableaux du Caravage… elle le berce avec tendresse chez Giovanni Girolamo Kapsberger, a recours aux mots enfantins, emplis de tendresse, efface ses petites larmes, « larmouilles » (lacrimucce), la voix, doucement, s’estompe alors que le sommeil gagne le bébé… Plus tragique, la berceuse de Tarquinio Merula conjugue la tendresse maternelle et la terreur anticipée des tourments que le Christ va endurer, double mouvement scandé ostinato par la répétition de deux notes (la, si bémol) au théorbe… L’expressivité juste et bouleversante de l’interprète sert avec bonheur les partitions de Grandi, Capello, Ferrari, Frescobaldi, Rovetto, tandis que le théorbe tisse des accompagnements virtuoses et se livre à quelques solos de haute volée. Un récital en épure, délicatement ciselé, où se révèle tout un monde sensible.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

Photo:  © Jean-Daniel Charpentier Exa Photographie

Concert donné le 5 octobre, Chapelle Saint-Denis, Rognes