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Vu par Zibeline

Gustavo Salmeron réalise le portrait comique tendre et irrévérencieux d'une mère hors du commun

Château en Espagne

• 9 novembre 2018 •
Gustavo Salmeron réalise le portrait comique tendre et irrévérencieux d'une mère hors du commun - Zibeline

Muchos hijos, un mono y un castillo : Beaucoup d’enfants, un singe et un château. C’est le titre surprenant du film de Gustavo Salméron en compétition dans la Section Documentaires de CineHorizontes 2018.

Un titre bric à brac comme celui que crée tout au long de son existence la mère du réalisateur Julita Salméron. 81 ans, 100 kilos, un appétit d’ogresse pour le jambon à l’os, les tartines de pain beurrées et la Vie en couleurs. Un titre programmatique aussi, listant les trois vœux que cette femme étonnante avait exprimés dans sa jeunesse, et qui, comme dans un conte de fées, se sont tous trois réalisés. 400 heures de pellicule, 2 ans de montage pour obtenir ce portrait touchant, drôle, tendre et moqueur, à la hauteur de son sujet. En fil conducteur, la recherche des vertèbres de l’aïeule tuée par les Républicains pendant la guerre civile et dont quelques os sont conservés dans une boîte, perdue quelque part au milieu de l’accumulation surréaliste d’objets qui dégorgent des placards de la maison familiale. Costume de torero, cadeaux encore emballés, boîtes de bougies « rouges et longues », dents de lait des enfants, collection de poupées, urnes funéraires des parents, poire à lavement : un inventaire à la Prévert ! Une Vanité plaçant le rappel de la mort au cœur des choses que Julita garde, non pour leur valeur marchande mais parce qu’elles contiennent son histoire. La mort inéluctable mais pas si tragique que ça au fond, coincée entre ces souvenirs de vie ! Les vidéos familiales ensoleillées de vacances et d’enfants, les vieilles cassettes montrent que le temps a passé, sans engendrer aucune nostalgie. Les rêves de départ ont été vécus même si on a dû se débarrasser du singe trop méchant, même si avec la banqueroute le château a été vendu, les meubles entassés dans un hangar. Les six enfants eux sont restés, revenus même, au domicile parental à cause de la crise économique. Mine de rien, en filigrane, on suit un peu de l’Histoire de l’Espagne : Julita est passée d’un conservatisme franquiste à un quasi socialisme, d’une foi catholique fervente à un quasi athéisme. Dans le dialogue entre le filmeur et la filmée, on ne sait plus qui mène le jeu. La truculente Julita aide son fils à commencer son film et à le terminer, met en scène sa mort en tragi-comédie burlesque, remet en cause le projet filmique, et compose sa représentation avec une rouerie, une coquetterie, un plaisir de star consommée. Bien sûr, elle ne pouvait qu’avoir le mot de la fin qu’on lui laisse ici bien volontiers : « j’ai 81 ans, je suis grosse et je veux m’amuser ! »

ELISE PADOVANI
Novembre 2018

Photo : Film Muchos hijos, un mono y un castillo -c- Gustavo Salméron