Retour sur le Festival Off d'Avignon avec Lisbeths et Occident, deux pièces données par la troupe La Charge du Rhinocéros

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• 5 juillet 2014⇒27 juillet 2014 •
Retour sur le Festival Off d'Avignon avec Lisbeths et Occident, deux pièces données par la troupe La Charge du Rhinocéros - Zibeline

Venue de Bruxelles et Liège, La Charge du Rhinocéros, troupe de théâtre associative, a présenté trois spectacles en Avignon, dont deux mettent en scène une histoire de couple. Deux huis clos qui déménagent ! Chacun des spectacles est créé avec une économie de moyens louable, qui permet une diffusion variée dans des coins très reculés du monde où la culture a peu de place.

Lisbeths montre la rencontre improbable de deux êtres. Un homme qui n’attend plus rien, une femme licenciée par son mari-patron. L’auteur, Fabrice Melquiot, excelle à ménager des fils invisibles entre le vécu et l’imaginaire. Une histoire d’amour est-elle encore possible ? Les émotions, le désir renaissent, rendent inventif et fou. La chambre de l’hôtel du représentant d’encyclopédies se transforme en lieu de volupté. Mais lors d’un rendez-vous à La Rochelle, l’homme ne reconnaît plus Lisbeth, c’est une autre. Et tout bascule. Passant de la jovialité à l’inquiétude, la pièce finit dans le drame et le spectateur ne sait plus où il en est. Qu’est-ce qui est vrai ? Tout n’est-il qu’invention ou fantasme ? Les deux acteurs, Isabelle Defossé et Georges Lini, qui assure aussi la mise en scène, sont excellents et savent jouer sur l’ambiguïté de la situation.

Occident-©-Emilie-LauwersAvec Occident de Rémi De Vos, on plonge tout au contraire dans une terrible réalité. Celle qui s’accroche au comptoir, hurle avec les loups, dérive avec la droite raciste. Un spectacle qui fait froid dans le dos mais qui déclenche des rires fous ! Elle, la femme, le front buté, le sourcil froncé, accueille tous les soirs le retour de beuverie de son mari. Lui, l’homme, titube, la traite de «pute intello» et éructe ses idées toutes faites sur les étrangers : les yougoslaves et les arabes. Allusion au conflit qui a déchiré l’ancienne Yougoslavie dans les années 90. Images d’une France qui perd ses repères. Et se réfugie dans le nationalisme à outrance. Aussi Mohamed, personnage absent de la scène, mais qui, lui, possède un prénom, ne sera pas secouru par son compagnon de soûlerie lorsqu’il sera attaqué par un yougoslave. Langage direct et cru, affrontement permanent au rythme soutenu dans une mise en scène taillée au couteau de Frédéric Dussenne qui souligne la violence empreinte de désespoir. Servi par le jeu frontal et terriblement efficace de Valérie Bauchau et Philippe Jeusette, la prestation est réjouissante et terriblement efficace. Citons les interprétations inoubliables de chansons de Sardou par le comédien ! Un spectacle décapant dont on sort sonné avec l’envie de se battre contre la bêtise.

CHRIS BOURGUE
Juillet 2014

Lisbeths a été joué aux Ateliers d’Amphoux et Occident au Théâtre Girasole durant le festival Off d’Avignon

Photos : Lisbeths © Sébastien Fernandez
Occident © Emilie Lauwers