L’Ensemble C Barré et Musique à la Ferme nous entraînent sur les traces du Télégraphe

Chapeau bas !Vu par Zibeline

L’Ensemble C Barré et Musique à la Ferme nous entraînent sur les traces du Télégraphe - Zibeline

Le festival Musique à la Ferme donne l’occasion à l’Ensemble C Barré d’associer autour d’une création musicale artistes, habitants et patrimoine grâce à un projet baptisé Palimpseste. Histoire de strates s’il en est, ajoutant aux traces patrimoniales les mots du récit et les notes inventives de créations nouvelles. Inaugurait, à Lançon-de-Provence, ces journées enjouées, un spectacle participatif pour comédien, chœurs d’écoliers (deux classes de l’école des Pinèdes) et séniors (résidents de la Villa Marie) et le Chœur d’Aventure (trompette, accordéon et cymbalum), intitulé Le Secret du Télégraphe.

Le compositeur Jean-Christophe Marti s’est investi dans l’aventure avec Stéphane Olry (livret et mise en scène) pour raconter l’histoire du Télégraphe Chappe. Voici les silhouettes de Claude Chappe et de ses frères qui émergent par la voix du comédien Guillaume Rannou : nous sommes en 1791, le jeune physicien conçoit ce qu’il croit n’être qu’un jeu de signes pour communiquer avec des amis, qui va devenir le télégraphe, construit sur le modèle du corps humain avec ses deux bras dont les variations de position correspondent à des lettres et différentes significations. Les stations de relais sémaphore, grâce à leurs « aimables mouvements silencieux », vont permettre d’envoyer rapidement des messages (au départ à usage militaire, la France révolutionnaire est en guerre avec les royaumes d’Europe). À côté de Lançon, le relais du télégraphe a été restauré en 2012 : « Chappe Chappe chapeau bas ! » entonnent les enfants sur scène, tous dotés de casquettes de « stationnaires » (les télégraphistes) qu’ils enlèvent et remettent avec un bel ensemble. La fraîcheur des voix, leur justesse, leurs attaques particulièrement bien en place, la fantaisie espiègle de la trompette (Matthias Champon), de l’accordéon (Élodie Soulard), du hammered dulcimer ou cymbalum (Cyril Dupuy) s’amuse de l’aventure, sous la houlette de Sébastien Boin. Le public s’installe d’abord sur la pelouse de la Villa Marie pour une première partie où l’enfance du télégraphe est contée, puis suit les musiciens sur un petit parcours qui mène au centre de Lançon de Provence sur la place Pelletan, où les chanteurs se sont réunis, sagement assis sur les marches de l’église tandis que la statue dédiée à Emmanuel Signoret, « poète lyrique 1872-1900 », né dans la commune, veille sur les passants. C’est là que la fin du télégraphe est narrée : l’arrivée de l’électricité et du téléphone lui est fatale, voici les relais détruits, le matériel revendu en bois de chauffage, les stationnaires (souvent d’anciens soldats recasés là, pour un salaire très bas, et amputé à la moindre inattention de manipulation) réduits au chômage. La question de la communication se pose, la rapidité de nos écrans ou de nos portables est-elle suffisante pour créer des liens humains ?

Le secret du télégraphe laisse ses énigmes qui sont celles du fonctionnement de notre relation au monde. Quel spectacle intelligent, drôle et bien mené ! « Chappe Chappe Chapeau bas ! »

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2021

Spectacle donné à Lançon de Provence le 22 octobre

Photographies © MC