Vu par ZibelineL'ensemble Musicatreize inaugure brillamment sa saison 2014-2015 dans sa salle de la rue Grignan

Chants intimes… voies sacrées !

• 14 octobre 2014 •
L'ensemble Musicatreize inaugure brillamment sa saison 2014-2015 dans sa salle de la rue Grignan - Zibeline

Pour le premier concert de la saison 2014-2015, la salle Musicatreize est bien remplie, preuve que désormais, l’espace ouvert il y a deux ans rue Grignan et dédié à la diffusion des musiques contemporaines (mais pas que ! ) a ses habitués. C’est l’ensemble vocal à douze voix solistes, dirigé par Roland Hayrabedian qu’on entend dans une pièce de Tôn Thât Tiet dédiée à Maurice Ohana : Chu ky VI. Comme souvent chez le compositeur vietnamien, la texture sonore se meut avec subtilité et de fines nuances. La palette vocale tisse, d’une voix à l’autre, un ruban de bribes de mots, autour de tenues fondamentales desquelles semblent s’évaporer, par bouffées cycliques, quelque enluminure de soprano…. Le son s’y fait couleur.

Après que le ténor Xavier de Lignerolles ait une nouvelle fois impressionné l’auditoire par sa présence, aussi bien physique que vocale, dans le fabuleux solo Chant Intime de Zad Moultaka, entêtant de pulsion tragique, douloureux et vibrant, c’est une œuvre créée l’été dernier à l’église des Réformés à Marseille qu’on (re)découvre. A l’orgue : un virtuose ! Mathias Lecomte accompagne l’ensemble Musicatreize avec une formidable maîtrise : les claviers et pédalier dessinent autour des voix un espace sonore complexe, souvent acrobatique, qui s’obstine en pulsations irrégulières, court à perdre le souffle, ou chante, l’espace d’un choral réinventé… Les textes anglais extraits du De Profondis d’Oscar Wilde s’articulent autour de la structure d’une messe profane dont le compositeur António Chagas Rosa aurait conservé l’esprit, tout en puisant dans quelques réminiscences du genre, fausses consonances de l’héritage franco-flamand (15ème & 16ème siècle) et ses polyphonies, monodies solistes, airs de facture populaire harmonisés à la manière de Bartok ou Britten. A Wilde Mass renouvelle le répertoire, à sa façon. Le musicien y est une espèce d’architecte qui aurait conçu un temple profane, libéré de sa fonction liturgique malgré un habillage sacré, ses composants traditionnels (voûtes, chœur, absides, travées…), comme pour en extraire son essence poétique… Et, ce n’est pas le moindre de ses intérêts, c’est beau à entendre !

JACQUES FRESCHEL
Octobre 2014

Photo : Xavier de Lignerolles © Stéphane Perucca

 

Salle Musicatreize
53 Rue Grignan
13006 Marseille
04 91 00 91 31
musicatreize.org