Vu par Zibeline

La Cité de la Musique accueillait les journées corses

Chanter le Corse au féminin

La Cité de la Musique accueillait les journées corses - Zibeline

« Une femme qui chante, c’est pire qu’un homme qui passe le balai ». Diana Saliceti se plaît à rappeler ce délicat et féministe proverbe lors de son concert de fin de résidence à la Cité de la Musique de Marseille. Entourée de son « équipe artistique jolie », ainsi que le précise la feuille de salle qui resitue avec intelligence les pièces du programme, la jeune et talentueuse compositrice-interprète offre un spectacle qui conjugue harmonieusement ses compositions récentes (objet d’un futur CD) et passées à des partitions plus traditionnelles.

A sirena, chant donné à Diana par Ghjuvan’Teramu Rocchi, l’un des plus grands poètes corses contemporains (disparu en 2018), est livré a capella, voix pure qui joue entre ombres et lumières. Se déclinent ensuite des pièces en français et en corse, d’une tendre sensibilité. On suit la marche des transhumances anciennes, les reliefs ont la forme des mémoires qu’ils ont façonnées, la terre prend les courbes de l’être aimé, et le ventre d’un père devient le symbole d’une culture qui se perd… -les langues minoritaires s’étiolent inexorablement, malgré le sens supplémentaire qu’elles accordent à nos lectures du monde. Grâce à la « pédale loops », la voix se « polyphonise » en de brillantes séquences, ainsi Un passu polyphonie pour une seule chanteuse ! Tout se condense au cœur des textes, vie, mort, espérances…

Quelques morceaux sont nés aux marges de la résidence, lors de bœufs joyeux, place aux Huiles, avec David Rémy (guitare), Gabriel Mimouni (violoncelle), Pierre-Marie Dornon (percussions). Clin d’œil aux Nuages de Django Reinhardt, Sans nuages nous enveloppe de ses « bouquets de pensées effacées et fanées ». Marseille tisse l’écheveau de ses rues et de ses senteurs sous le regard bienveillant de la Bonne Mère. Le personnage de L’Infanfada, héroïne guerrière et indépendante d’un récit d’enfance, s’emporte en une épopée fulgurante avant un Kiss and fly, véritable hymne à la légèreté espiègle… portée par des musiciens d’exception.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2019

Concert donné le 25 janvier à la Cité de la Musique, Marseille, dans le cadre des journées corses Cantu di Donna & creazione di Corsica

Photo : Diana Saliceti -c- MC


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