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Le théâtre des Merveilles de Lluis Llach, ou la conjonction entre histoire et Histoire

Chanter la liberté

Le théâtre des Merveilles de Lluis Llach, ou la conjonction entre histoire et Histoire - Zibeline

Lluís Llach est une idole, un chanteur catalan symbole de la lutte contre le franquisme puis du séparatisme catalan. Compositeur populaire et lyrique, auteur de L’Estaca (Le Pieu), devenu chant de résistance à tout fascisme (« segur que tomba, tomba, tomba… »), il est aussi ancien député catalan, chef de la liste indépendantiste Junts pel Si en 2017, pris aujourd’hui dans les paradoxes du combat indépendantiste, de ses interdictions et procès. Mais il est aussi, depuis 2015 et son roman Les Yeux fardés, un auteur de romans palpitants habités de personnages de caractère, résistants et singuliers.

Comme dans son premier roman, Roger Ventós est un double à peine voilé, fils d’une Mireia forte qui n’est pas sans rappeler les Maria des Femmes de la Principal, son deuxième roman. Les premiers chapitres la mettent en scène dans son Théâtre des merveilles, cabaret dénudé, durant la guerre civile, avant la naissance de son fils.

Lorsque celui-ci prend le relais narratif, le roman perd un peu en intérêt, même si les personnages et la vie du cabaret, hauts en couleurs, restent très attachants. Le parcours musical de Roger Ventós, baryton lyrique prodige, n’est pas celui de Lluís Llach, même s’il s’en approche, situé qu’il est entre Paris et Barcelone puis l’Afrique, l’homosexualité, la célébrité, la résistance. Pourtant c’est le rapport à la musique, physique, patient, intime, qui donne toute sa force à la deuxième partie du roman, écrit à la troisième personne comme pour mieux marquer sa distance à l’autobiographie. Comment un chanteur découvre sa voix, entre en musique, dans l’intimité des œuvres qu’il interprète. Ses rapports à ses maîtres, à ses personnages, à la bêtise d’Escamillo, à la subtilité de Fauré. Son amour du public, et son retour régulier vers le Théâtre des Merveilles qui périclite doucement, mais qui abrite toujours les personnages incroyables, populaires, résistants, que sa mère côtoya.

Un tour de passe-passe, au début et à la fin, inscrit cette quasi autobiographie dans un cadre fictionnel prétextuel. Normal, pour un homme dont l’histoire fait aussi l’Histoire.

AGNES FRESCHEL
Septembre 2019

Le Théâtre des Merveilles
Lluís Llach
traduit du Catalan par Serge Mestre
Actes Sud, 23€