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Le chœur Antequiem entre Éros et Thanatos

Chanter Éros & Thanatos…

  Le chœur Antequiem entre Éros et Thanatos - Zibeline

Ils sont une trentaine à chanter : le chœur aixois Antequiem auquel se joignent quelques jeunes solistes en devenir du conservatoire Darius Milhaud. Philippe Franceschi dirige l’ensemble et trois instrumentistes chevronnés (Johanna Renaud au violoncelle, Frédéric Isoletta aux claviers et Colin Heller au violon). Celui-ci a conçu un programme original « Amore, O Morte » qui explore les croisements thématiques traditionnels d’Éros et de Thanatos. Mais c’est sous l’angle baroque, et de quelques musiciens du 17ème siècle (hormis une pièce plus tardive de Haendel), qu’on entre dans un diptyque sonore, en clair-obscur, réalisé avec soin et talent. On y entend de superbes madrigaux de Monteverdi (comme le fameux Lamento della Ninfa) et d’autres de son contemporain moins connu Adriano Banchieri. C’est en italien et en français que les interprètes chantent l’Amour, convoquant aussi de belles pièces vocales de Michel Lambert (fameux beau-père de Lully) prolixe auteur d’airs à l’image du mélancolique  tel « Ombre de mon amant ». La réalisation est de haute qualité des points de vue vocal et artistique. Le groupe chante par cœur, ce qui impressionne certes, mais autorise aussi une mise en espace. Les chanteurs se déplacent, formant des tableaux vivants, et exécutent parfois quelques mouvement qui permettent de visualiser, çà et là, des dessins polyphoniques : l’effet est réussi.

En seconde partie, le tableau s’assombrit. C’est Marc-Antoine Charpentier qui est à l’œuvre… au noir… avec La Mort d’Actéon et Le Reniement de Saint-Pierre : deux grandes pièces sacrées du compositeur français. La scène est théâtralisée et c’est à un procès qu’on assiste. À  la pertinence scénique répondent les voix qui s’interpénètrent, résonnent en fusion dans le temple de la rue Grignan à Marseille où a lieu la prestation d’Antequiem. Le public vibre aux accents et affects baroques qui constituent, pour l’oreille de véritables images sonores. Elles ont exprimé, le 25 mai 2018, tantôt la plénitude de la passion amoureuse ou les pleurs et douleurs accompagnant la disparition d’un être cher. Des sentiments intemporels et universels bellement servis.

JACQUES FRESCHEL
Juin 2018

« Amore, O Morte » a été représenté au temple Grignan à Marseille le 25 mai 2018.
antequiem13.free.fr

Photographie : Photo Antequiem © Jacques Freschel – Zibeline