Chanson douce de Lucie Borleteau, d'après Leïla Slimani, en salles depuis le 27 novembre

Chanson douceVu par Zibeline

Chanson douce de Lucie Borleteau, d'après Leïla Slimani, en salles depuis le 27 novembre - Zibeline

En 2016, le roman de Leïla Slimani Chanson douce remportait sans surprise un grand succès public et critique, couronné par un prix Goncourt. L’écriture acérée, épurée de l’écrivaine franco-marocaine y rencontrait un sujet difficile, inspiré d’un fait divers tragique : le glissement vers la folie d’une nourrice pourtant idéale. Ce canevas, déjà chabrolien dans sa façon d’esquisser dans l’intimité des personnages une tacite lutte des classes, avait de quoi intéresser le cinéma. Un temps affiliée au projet, la réalisatrice Maiwenn (Le Besco) n’a finalement participé qu’à l’élaboration du scénario, repris par Jérémie Elkaïm et surtout la réalisatrice Lucie Borleteau, qui signe avec Chanson Douce son deuxième long-métrage. Cette collaboration aurait pu considérablement enrichir le récit, le talent et la forte identité artistique des trois artistes touche-à-tout ne faisant aucun doute. Mais elle semble surtout nuire à l’équilibre délicat du texte, oscillant entre une approche à la fois clinique et sociologique de l’intrigue. Si bien que Chanson douce ressemble moins à la fresque politique et romanesque que promettait le récit qu’à un thriller efficace, et sans doute oubliable. Mais Chanson Douce a pour lui la performance proprement ahurissante de Karin Viard. L’actrice, qui excelle depuis quelques années à donner chair à des personnages qu’on croirait indéfendables par tous, sauf par elle, compense souvent les faiblesses d’une écriture contrariée. Là où les personnages de parents dépassés, campés avec conviction par Leïla Bekhti et Antoine Reinartz, semblent délaissés par un scénario pointant mollement leurs ambiguïtés tout en manquant de recul vis-à-vis d’eux, la présence carnassière de Karin Viard écrase tout sur son passage. À défaut d’accompagner le grand film que Chanson Douce aurait pu être, elle donne naissance à un grand personnage. C’est déjà beaucoup.

SUZANNE CANESSA
Novembre 2019

Chanson douce, de Lucie Borleteau est sorti le 27 novembre (1h40)
Photo © Studio Canal