Le Festival de Musique de chambre de Salon de Provence s’est ouvert sur un concert exceptionnel

Chambre d’écouteVu par Zibeline

Le Festival de Musique de chambre de Salon de Provence s’est ouvert sur un concert exceptionnel - Zibeline

Depuis 27 ans Salon fait exception. Parce que les soirées qui ont lieu dans la Cour Renaissance reposent sur l’amitié de trois instrumentistes rares qui se retrouvent pour les vacances et se produisent gratuitement.

Le 29 juillet Emmanuel Pahud, prodige de la flûte, Eric le Sage, empereur du piano, partagèrent le Trio n°1 de Mendelssohn avec Jean-Guilhem Queyras, violoncelliste tout aussi époustouflant que les deux monuments fondateurs du festival. Le moment fut grandiose : dès le premier mouvement, agitato, Pahud et Queyras échangent les thèmes et leurs déclinaisons avec un sens du dialogue qui fait oublier que la flûte remplace un violon, nettement plus facile à “fondre” avec le violoncelle. Jusqu’au final, brillant pour le piano, les trois solistes font entendre d’une seule voix, et pourtant chacun tenant la sienne, une partition jouée parfois sans grand relief, et dont chaque inflexion apparaissait, limpide, dans un élan ininterrompu.

Le Quatuor américain de Dvorak qui ouvrait le programme parvenait moins à équilibrer les timbres, la flûte d’Emmanuel Pahud couvrant trop souvent le violon de Maja Avramovic. Mais le Trio Karénine, composé de trois jeunes musiciens, faisait preuve d’une musicalité rare : le violon de Fanny Robilliard, aux graves profonds, répond dans une parfaite continuité de timbre et de conduite aux aigus colorés du viloncelle de Louis Rode, soutenu, commenté, par le piano de Paloma Kouider toujours à l’écoute… Une formation de chambre qui parvient à fabriquer un son commun, qualité nécessaire dans le Trio op 17 de Clara Schumann, une oeuvre majeure à laquelle il est temps de donner sa place : en 1846, un an avant le premier trio de son mari, la compositrice faisait entendre un romantisme intime, tissé de dialogues, de voix et de fugues, déchirant et grave…

Jazz de chambre

Mais, sans doute, la pièce de Raphaël Imbert, dans la deuxième partie du concert, fut encore plus remarquable. Parce que le jazz y faisait son entrée en musique de chambre, véritablement. Invisible stream fait dialoguer les percussions de Sonny Troupé, son tambour Ka guadeloupéen, avec le violoncelle de Jean-Guilhem Queyras, qui improvise sur les thèmes sans abandonner le style romantique où il excelle. Au piano Pierre-François Blanchard improvise également, dans une tradition davantage jazz, très chantante, inventant des contrechants instantanés. Et Raphaël Imbert est constamment étonnant, laissant à chacun la place de faire entendre son style, se fondant dedans, à l’unisson du violoncelle souvent, puis prenant ses aises dans des improvisations déchirées, entêtantes, envolées, fracassantes et douces, à toute allure, pianissimo… Des thèmes personnels se mêlent à Wagner ou Schubert, tout sonne comme une musique commune, déclenchant l’enthousiasme d’un public très “chambriste” conscient d’assister à un moment particulier de musique. Celui où les frontières entre savant et populaire, classique et tradition, composition et improvisation, s’abolissent, pour tisser quelque chose de nouveau. Un Invisible stream, qui ressemble au son commun du monde.

AGNÈS FRESCHEL
Août 2019

Le concert d’ouverture du Festival International de Musique de Chambre de Provence a été donné le 29 juillet, cour du Château de l’Emperi.

N.B. : Raphaël Imbert prendra la direction du Conservatoire de Marseille à partir de septembre. Zibeline reviendra sur sa nomination dans son numéro 47, en vente à partir du 6 septembre 2019

Crédit Photo © Aurélien Gallard

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