Retour sur la conférence Transition énergétique et énergies du futur à la Bibliothèque départementale des BDR

Ceux qui vont mourir te saluentVu par Zibeline

Retour sur la conférence Transition énergétique et énergies du futur à la Bibliothèque départementale des BDR - Zibeline

Le cycle Questions ouvertes co-organisé par l’association In fine et la Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône s’est intéressé à des problématiques cruciales : la croissance démographique, le vieillissement des populations, la malnutrition et la faim dans le monde. On attendait beaucoup de la dernière conférence, qui s’est tenue le 4 avril sur le thème Quelle transition énergétique pour quelles énergies du futur ? Las, on en sortit d’autant plus désappointé.
Des deux intervenants, le premier n’a pas démérité : Michel Goria, Directeur régional adjoint de l’ADEME, a présenté un exposé chiffré des ambitions gouvernementales en matière de sobriété énergétique. Tenter de maintenir le réchauffement climatique à moins de 2°C, ce n’est pas une mince affaire dans un monde boursoufflé où la consommation est présentée comme un idéal… Bon nombre de pays réfléchissent à une stratégie efficace, et comptent sur une toujours fragile forme de solidarité internationale en la matière, supervisée par l’ONU. La France s’est quant à elle engagée -lors du Grenelle de l’Environnement en 2007- à diviser par 4 sa production de gaz à effet de serre d’ici les années 50. Pour y parvenir, les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et du logement vont devoir sacrément accélérer leurs évolutions, et les politiques publiques s’en emparer plus nettement : «Jusque-là, c’était un problème d’énergéticien, mais il va falloir que cela concerne le développement territorial, la formation, la recherche, l’emploi, le foncier…»
À nos colossales gourmandises en énergies fossiles, il faudra bien trouver des alternatives. Certaines existent déjà, une large variété de solutions ayant vu le jour, chacune à un stade différent de développement, entre la recherche fondamentale et la phase industrielle. Le renouvelable (éolien, géothermie, photovoltaïque etc…) ne demande qu’à être expérimenté à plus grande échelle, et nuancé pour en améliorer la complémentarité. La difficulté principale, le stockage de l’électricité, reste à résoudre.
Reste aussi la question du nucléaire. Et là, on peut dire que cette simple rencontre à la Bibliothèque départementale reflétait parfaitement l’absence de réel débat national sur ce sujet. Le 2e orateur de cette conférence, Jean Jacquinot, conseiller scientifique auprès de l’Administrateur général du CEA1, énonçait comme une évidence : «La France a fait un gros investissement dans l’atome. Y renoncer aujourd’hui serait très bizarre.» En définitive, c’est aussi pour résoudre un problème énergétique que d’aucuns se sont avisés dans un passé pas si lointain d’investir dans une ressource métabolique, celles des esclaves. Et sans doute ceux-là avaient-ils engagé trop de capitaux dans le «bois d’ébène» pour juger opportun de renoncer à cette source d’énergie ?
Au nom de cette logique -toujours plus, et persévérer- les grands décideurs ont fini par nous léguer une planète exposée aux dangers d’un changement climatique global ; et les maîtres de l’atome abandonnent aux générations futures, pour des dizaines de milliers d’années, le soin de gérer l’insoluble problème des déchets radioactifs, d’assurer la neutralisation des centrales hors d’usage et la stérilisation des sols, sans parler du risque d’une catastrophe nucléaire majeure.
M. Jacquinot a également mentionné le projet ITER2, et son espoir en la maîtrise de l’énergie obtenue non plus par fission comme c’est le cas aujourd’hui, mais par la fusion (ce qui produirait de l’électricité en grande quantité sans épuisement des ressources énergétiques, ni déchets, ni risque de catastrophe). Il convient lui-même qu’elle ne saurait être envisagée avant 2050, et le coût de l’investissement pour un hypothétique résultat ne cesse de grandir. Rappelons que les prix Nobel de physique Georges Charpak et Pierre-Gilles de Gennes qualifiaient ITER d’installation hors de prix et inutilisable.
Les deux invités de Pedro Lima ont eu l’élégance de l’admettre : réduire de 80 % les émanations de CO2 est un objectif atteignable sans le nucléaire, en ayant recours aux seules énergies renouvelables. Ne gagne-t-on pas nos galons d’êtres humains en renonçant à certains choix funestes ?

GAËLLE CLOAREC

Avril 2013

1 Commissariat à l’Énergie Atomique et aux énergies alternatives

2 International Thermonuclear Experimental Reactor