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Le lagon noir, un polar d'Arnaldur Indridason nouvellement traduit aux éditions Métailié

Ceux qui disparaissent

Le lagon noir, un polar d'Arnaldur Indridason nouvellement traduit aux éditions Métailié - Zibeline

Sans doute est-ce à cause de sa formation d’historien ? Arnaldur Indridason ne cesse, au fil de ses romans noirs (16 à son actif désormais dont 13 traduits en français), d’interroger le passé de son pays, l’Islande. Un petit pays perdu au fin fond des glaces et des interminables nuits, longtemps très isolé, profondément rural, qui a connu une entrée fulgurante, donc forcément déstabilisante, dans le monde moderne. Son héros récurrent, Erlendur, est de cette génération qui a été témoin du changement radical de la vie de ses compatriotes. Dans Le lagon noir, édité en 2014 et tout récemment traduit, on retrouve donc Erlendur en 1979. Une enquête ancienne alors qu’il vient tout juste d’intégrer la brigade d’enquêtes criminelles dirigée par Marion Briem (précisons que Marion est un homme). L’enquête principale tourne autour de la mort très suspecte d’un ingénieur islandais qui travaillait sur la base américaine de Keflavik. Parallèlement à celle-ci, Erlendur travaille sur une affaire non résolue : la disparition d’une jeune fille survenue quelque quarante ans plus tôt, alors qu’elle se rendait en cours et devait pour ce faire longer les baraquements de Camp Knox, d’où le titre original de l’ouvrage. Deux époques ; mais toujours la présence américaine sur le sol islandais. Et toujours aussi l’attrait du flic pour les disparitions. Erlendur a perdu un frère sur la lande, un jour de tempête de neige. Depuis ce traumatisme d’enfance, il s’intéresse à ceux qui sont confrontés à la perte. Dans ce roman comme dans les précédents, il s’obstine, avec gentillesse mais sans rien lâcher, et sa méthode s’avère payante. Les deux enquêtes seront résolues, la plupart des interrogations levées. Un regret : malgré l’intérêt de ce retour en arrière vers la période de la guerre froide, et plus loin encore vers les années d’occupation américaine en Islande, on aimerait, dans un prochain roman, retrouver l’Erlendur d’aujourd’hui, moins lisse, plus tourmenté.

FRED ROBERT
Avril 2016

Le lagon noir
Arnaldur Indridason
Éditions Métailié, 20 €

Le romancier islandais était récemment invité pour le grand rendez-vous lyonnais Quais du polar (1 au 3 avril)