Nicole Garcia porte à l'écran Mal de pierres de Milena Agus

Cet obscur objet du désir

• 14 octobre 2016, 19 octobre 2016 •
Nicole Garcia porte à l'écran Mal de pierres de Milena Agus - Zibeline

Sélectionné au dernier festival de Cannes, Mal de pierres de Nicole Garcia n’y a pas fait l’unanimité. Pourtant, ce mélodrame, dont la forme sage (d’aucuns diront convenue) tranche avec la passion folle qu’il décrit, ne manque pas de qualités. La réalisatrice y excelle comme à son ordinaire dans l’art du portrait et la direction des acteurs.

Librement adapté du très beau roman de Milena Agus dont il a conservé le titre, le film se déroule en un long flash back entre la Haute Provence, les pinèdes de La Ciotat et la montagne suisse. Paysages épurés, superbement éclairés par Christophe Beaucarne. Stéréotypes dans lesquels s’insère parfaitement le romanesque. Gabrielle, à laquelle Marion Cotillard prête sa sensualité et son mystère, est fille de riches paysans. Son corps rebelle souffre de calculs rénaux et son esprit d’une insatisfaction dévorante qui la conduit à des inconvenances. Hystérique, comme possédée, elle est sommée par sa mère de se marier à José (Alex Brendemühl), républicain espagnol, maçon devenu ouvrier agricole. À défaut de quoi elle sera internée à l’asile. Elle «choisit» le mariage de raison. Vivre sans vivre dans le bleu du ciel et de la mer, après le violet vibrant des lavandes, dans la villa modèle que lui a construite son mutique mari. Jusqu’à ce que cet amour rêvé depuis toujours s’incarne en la personne d’André Sauvage (Louis Garrel), élégant officier revenu d’Indochine malade et désabusé qu’elle rencontre en cure. Passion ou illusion de passion dans ces austères thermes bruns et gris où le corps se lâche et exulte enfin. Destin d’une femme dont le désir, plus grand que la réalité, la pousse à la réinventer pour vivre ce qu’elle nomme «la chose principale». Émouvante, Gabrielle même lorsqu’elle est injuste, méchante, mauvaise mère, mauvaise épouse. Plus qu’un personnage en butte aux nombreux préjugés de son époque sur la sexualité féminine, Gabrielle porte en elle quelque chose d’universel. Nous reconnaissons, parce qu’elles sont en chacun et chacune de nous, cette force de dépassement et cette créativité dans la fabrication d’un objet de désir qui n’existe jamais tout à fait. Rate-t-elle sa vie de n’avoir pas su accepter la médiocrité bienheureuse de la tendresse, ou le déni entretenu par l’amour de son mari lui a-t-il permis de vivre plus fort, plus haut ? La barcarolle de Tchaïkovski, un des nombreux fils conducteurs du film, célèbre le mois de Juin, la sensualité de l’onde mais aussi la tristesse des étoiles. 

Projeté en avant première le 14 octobre au Cinéma Le Cézanne à Aix-en-Provence, Mal de pierres sort en salles le 19 octobre.

ELISE PADOVANI
Octobre 2016

Photo : Copyright StudioCanal

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