Vu par Zibeline

"C’est ça l’amour" un film de Claire Burger

C’est ça l’amour

• 27 mars 2019 •

Parce qu’on parle avec plus de précision et de vérité de ce qu’on connaît, Claire Burger situe son deuxième long-métrage, C’est ça l’amour, à Forbach où elle est née et a grandi. Parce qu’il y a parfois chez les artistes une nécessité de dire d’où ils viennent, de revenir à/sur leur famille, Claire Burger fait de ce film un message personnel à son père, tourne dans sa maison et revient sur la séparation brutale de ses parents. De cette expérience-là, de ce petit coin de France-là, elle raconte une histoire universelle, tendre, violente, bouleversante.  

Après 20 ans de mariage, Mario est largué par sa femme Armelle. Lui l’aime toujours, elle non. Lui, espère encore. Elle, est déjà passée à autre chose. Mario se retrouve seul avec ses deux filles, Frida l’ado en crise qui lui reproche le départ de la mère, Niki qui va être majeure. Chacun cherche ses marques. Les filles découvrent et explorent leur sexualité. La mère est en quête d’un appartement où elle pourrait accueillir ses filles. Lui refuse l’évidence, s’inscrit à un projet de théâtre participatif, surtout dans un premier temps pour approcher Armelle qui y travaille comme éclairagiste.

La réalisatrice nous plonge dans cette crise familiale et la métaphore ici n’est pas qu’une figure de style. Cadrés le plus souvent en plans serrés, dans leur espace intime ou sur leurs lieux de travail, les personnages communiquent leur émotion à chaque geste, à chaque hésitation, à chaque parole, à chaque silence. Il suffit du pied de Frida qui cherche la jambe de son père, sur le canapé, devant la télé, du pouce qu’elle suce encore, du sourire béat de Mario entre ses deux filles, incarnées par Justine Lacroix et Sarah Henochsberg, pour ressentir la tension d’une tragédie. Bouli Lanners, qui incarne Mario, est tout simplement extraordinaire en homme fragile, désorienté, maladroit, généreux, désireux de bien faire, de transmettre à celles « qui sont toute sa vie », tout ce qu’il apprécie : la musique, la photographie, et même, à leur demande, l’art d’éteindre un feu en l’étouffant. On l’aime. On aime Frida et sa colère. On aime Niki et sa façon de se défendre des sentiments amoureux. On aime même Armelle la mère qui a décidé de partir. Et tous ceux-là s’aiment aussi. Chaque point de vue est légitime. De Forbach, ville en crise et reconstruction, on ne verra pas grand chose. Le drame n’est pourtant pas hors-sol. La société est là. La classe moyenne à laquelle appartiennent les protagonistes se représente au théâtre, en un temps où l’état injecte encore dans les zones en déshérence de l’argent pour la culture. Dans le projet Atlas convoqué par le film, les acteurs recrutés dans la population locale prennent la parole et chacune compte. La réalisatrice introduit le ballet d’Angelin Preljocaj Le Parc, dans le spectacle final. S’approcher, entrer en contact, s’embrasser, faire corps et voix, faire groupe et individu, il y a aussi tout ça dans le « ça » du titre.

ELISE PADOVANI
Mars 2019

Le film, que le public de Montpellier avait pu voir à CINEMED, a été projeté en avant-première en présence de Claire Burger et de Bouli Lanners au cinéma Le Renoir à Aix-en-Provence le 26 février.

C’est ça l’amour, de Claire Burger sortira le 27 mars (1h38)

Photo : -c- Mars Films


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