Reprise des rencontres en librairie: Leïla Slimani nous donnait rendez-vous à la librairie Maupetit

C’est bon de se retrouverLu par Zibeline

Reprise des rencontres en librairie: Leïla Slimani nous donnait rendez-vous à la librairie Maupetit - Zibeline

D’accord, il a fallu réserver (jauge limitée à 30), ne pas oublier le gel ni le masque…. Mais  l’essentiel est là : les rencontres reprennent en librairie ! Et les expositions aussi ! La librairie Maupetit a initié un mouvement qu’on espère durable, car quel plaisir pour les lecteurs que de pouvoir à nouveau voir, écouter les auteurs qu’ils aiment, dialoguer avec eux. Même en comité réduit, même en gardant les distances.

7 juillet, un peu avant 18h: Leïla Slimani entre dans la librairie Maupetit, accompagnée d’un éditeur de Gallimard. Tous deux sont masqués, mais les masques tomberont vite dans la salle d’exposition, à l’étage, où la rencontre aura lieu. Et, tandis qu’Abed Abidat met la dernière main à l’exposition photographique qui célèbrera tout l’été les 20 ans de sa maison d’édition Images plurielles, la romancière s’installe pour un moment d’échange comme on n’en avait pas vécu depuis longtemps. Cette rencontre, initialement prévue en mai, peut enfin avoir lieu. Et tant pis si ce n’est pas exactement comme avant, tout le monde est content : le directeur du lieu, Damien Bouticourt, l’écrivaine, les deux modérateurs (quelque peu stressés, la solennité du moment sans doute), et le public bien sûr, qui a répondu présent.

Leïla Slimani est surtout venue parler de son dernier (et très beau) roman Le pays des autres. Premier volet d’une trilogie qui retrace l’histoire de sa famille. Les grandes lignes des deux autres volumes sont déjà tracées, les personnages ont pris forme, elle va se mettre à l’écriture du second très vite, c’est promis. Car les lecteurs attendent impatiemment la suite de cette somme romanesque dont le premier tome se déroule de 1944 à 1955 et met en scène ses grands-parents. C’est leur rencontre en Alsace, puis leur installation dans une ferme aux environs de Meknès qui a inspiré le parcours de Mathilde et Amine ; c’est sa mère qui a permis la naissance du personnage  si attachant et particulier d’Aïcha. Un récit fortement teinté d’histoire familiale donc, puisque la jeune Leïla a passé beaucoup de temps dans cette ferme (qu’elle appelle, paraphrasant Virginia Woolf, « ma chambre à moi ») au sein d’une nature à la fois sensuelle et aride, souvent hostile. Teinté d’histoire tout court également : on est encore au temps du protectorat, d’un Maroc colonisé…. mais plus pour longtemps. Le pays des autres se termine d’ailleurs sur les premiers soubresauts de l’indépendance.

Importance du corps (qui en dit souvent plus que les mots), relation de l’individu au territoire, rapport à la langue marocaine, sur tous les thèmes, Leïla Slimani s’exprime avec aisance et  conviction. Avec humour aussi : on sourit aux anecdotes sur sa grand-mère, à l’évocation de son grand amour pour Milan Kundera. Bref, un moment délicieux, en compagnie d’une passionnée des mots et de l’écriture, de la place des femmes et de la liberté. Pour elle, d’ailleurs, écrire c’est chercher à « savoir comment la sauvagerie en nous s’éteint au fil de la vie, comment on devient domestique. » Observer cela et l’écrire pour ne jamais s’y laisser prendre ?

FRED ROBERT
Juillet 2020

Leïla Slimani était invitée à la librairie Maupetit (Marseille) le 7 juillet.

À lire : Le pays des autres (éditions Gallimard, 20 euros)

À voir dans l’espace galerie de la librairie jusqu’au 29 août l’exposition photographique Avoir 20 ans. Une grande rétrospective du catalogue d’Images plurielles.

Photographie : Leïla Slimani © Fred Robert