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Vu par Zibeline

"Le poids d’un fantôme", bouleversant spectacle de Damien Bouvet, vu au théâtre Durance

Ces fantômes qui nous habitent

Il est des sujets dont l’abord est difficile, voire insurmontable. La disparition des êtres chers (combien de circonvolutions, de périphrases, de métaphores, pour éviter l’horreur de formuler la mort dans la crudité cruelle de son insoutenable évidence !) en fait indéniablement partie. L’évoquer avec des enfants est délicat, peut apparaître même traumatisant. Le tour de force de Damien Bouvet est d’accorder une poésie sensible à ce thème poignant, l’intégrant dans la continuité naturelle des choses, avec drôlerie et tendresse dans son seul en scène, Le poids d’un fantôme.

Dans la pénombre de la scène, une table à repasser se nimbe de lumière tandis qu’au fond, une longue branche de bois flotté sert de support à une série de costumes de fantômes, reconnaissables à leurs capuches pointues. Papier crépon froissé, frémissant au passage d’un être lunaire, grimé de blanc, vêtu d’une longue chemise blanche, et affublé d’une paire invraisemblable de lunettes rondes aux verres épais comme des culs de bouteille. Ces dernières ont d’ailleurs un effet sur la voix assez incroyable : chaussées, le ton et la voix du personnage sont ceux d’un enfant avec ses étonnements, son innocence et son vocabulaire qui rend toute chose poétique ; placées sur le front, elles ôtent cette vertu enfantine et la voix plonge dans les graves de l’adulte. Le spectacle se conjugue ainsi, entre naïveté et raison, imaginaire débridé, souvenirs, émotion et rires. On repasse les fantômes, opération délicate, il ne faudrait pas trop les aplatir !

Des êtres étranges naissent, fantastiques dans les lumières crépusculaires… le rêve construit ses propres réalités, délivre la magie des carcans du réel, nous conduit de l’autre côté, dans les coulisses d’ombre d’où l’on ne revient pas. La vie se déroule, depuis ses premiers frémissements, son insouciance, aux derniers. Et nous voilà accompagnés par les souvenirs de ceux qui ne sont plus, mais que nous portons en nous, et que nous retrouvons, dans un goût, un parfum, un air, une intonation… Toute la fragilité humaine est là, bouleversante et infiniment riche de tous ces fantômes… Magique !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2019

Le poids d’un fantôme a été joué le 20 mars au théâtre Durance, Château-Arnoux-Saint-Auban

Photo : -c- Philippe Cibille


Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
http://www.theatredurance.fr/