Centenaire Françaix

 - Zibeline

Jean-Françaix (1912-1997) est un héritier d’une tradition de musique française mariant la clarté, l’équilibre, la légèreté, à une élégance fuyant la facilité, une profondeur dépouillée de pathos, un sourire retenu, à un langage tonal redessiné. Sa génération a subi de plein fouet la mise au banc des « classiques » par l’avant-garde des années 50. Cependant, à la différence de ses contemporains, l’œuvre de Jean-Françaix est encore assez fréquemment jouée dans le monde (proportionnellement peu en France !). Les manifestations accompagnant la commémoration du centenaire de sa naissance serviront-elles, dans l’hexagone en particulier, de révélateur à son génie rejeté ? Ce musicien, au sujet duquel Nadia Boulanger prétendait qu’à seulement douze ans elle n’avait rien à apprendre en matière d’harmonie, était bourré de talent. Le concert donné par l’Ensemble Pythéas, le 20 mai à Notre-Dame du Mont, en est la démonstration. Dans des transcriptions de Sonates de Scarlatti ou d’Impromptus de Schubert, pour flûte (Charlotte Campana), violon (Yann Le Roux-Sédes), alto (Pascale Guérin), violoncelle (Guillaume Rabier) et harpe (Nora Lamoureux), Jean Françaix fait oublier les claviers d’origine : il les relit, mais « avec le cœur » comme l’a précisé le musicologue Lionel Pons ayant, avec une belle érudition, présenté l’affiche. Les instrumentistes, à la faveur d’une fine connivence et d’un goût assuré, ont placé en exergue, dans son Trio à cordes et un Quintette composés dans les années 30, les dons d’un musicien sachant tout à la fois fondre une mélodie savamment tracée à une harmonie délicate et un équilibre subtil des voix.

JACQUES FRESCHEL

Mai 2012