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Vu par Zibeline

"Personne n’a peur des gens qui sourient" de Véronique Ovaldé aux éditions Flammarion

Celle qui veille

Que fuit Gloria ? Qu’est-ce qui l’a poussée, en ce début d’été, à embarquer ses deux filles avec elle et, quittant les rives de la Méditerranée, à rouler jusqu’en Alsace pour trouver refuge dans la maison où vivait sa grand-mère ? Une maison isolée, entre lac et forêt, où personne n’aurait l’idée de venir les chercher. Sauf que le passé vous rattrape toujours, et qu’à un moment il faut bien l’affronter. Ce que Gloria fera de manière radicale… Le neuvième roman de Véronique Ovaldé, Personne n’a peur des gens qui sourient, se dévore à grandes bouchées gourmandes. Le titre déjà intrigue et donne envie. Le rythme, soutenu, titille l’appétit de lecture : entre péripéties de l’action principale et allers-retours dans le temps, la tension monte, inexorablement. Et même dans les scènes les plus paisibles, Véronique Ovaldé excelle à instiller une inquiétude rampante qui incite à tourner les pages.

On dévore aussi le roman pour vraiment connaître cette mère « qui veille », prête à tout pour protéger ses filles, et pour découvrir la constellation de personnages que la romancière s’est plu à imaginer autour d’elle, avec un délicieux sens du détail qui tue. Car, comme souvent chez Ovaldé, les personnages en prennent pour leur grade, même les plus sympathiques. Et lorsqu’ils ne le sont pas, alors, l’écrivaine les exécute sans sommation.  Ce n’est pas le moindre des plaisirs que de retrouver ce ton inimitable qui fait toute la saveur de ses récits. L’autrice-narratrice est partout, tout le temps, à commenter, à anticiper, bref, à mettre son grain de sel dans l’histoire, en de longues parenthèses dont elle a le secret.

Savoureux apartés qui, loin d’affaiblir le tempo, le relèvent comme une épice indispensable… et allègent un scénario plutôt noir. Naviguant entre les genres, surfant sur tous les tons, jouant sans cesse de l’ambivalence des sentiments, de la fragilité des liens, l’écrivaine livre ici un roman familial un brin cabossé, un thriller poétique à la noirceur scintillante, une fable délicieusement immorale. À savourer sans modération.

FRED ROBERT
Mars 2019

Personne n’a peur des gens qui sourient Véronique Ovaldé  
Flammarion, 19 €