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Cœurs purs, de Roberto de Paolis: peut-être pas Roméo et Juliette, mais

Ceci est mon corps

Cœurs purs, de Roberto de Paolis: peut-être pas Roméo et Juliette, mais - Zibeline

«Heureux ceux qui ont les cœurs purs car ils verront Dieu» affirme l’Évangile selon Saint Mathieu. En revanche, pourrait-on ajouter, dans leur vie terrestre ils auront quelques problèmes. Car la société divise, catégorise, et croire que l’amour peut s’affranchir des frontières intérieures qu’elle érige sans en payer un prix demeure bien illusoire. Pour son premier long-métrage sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs cette année, Roberto de Paolis choisit une romance romaine entre deux jeunes gens, Stefano et Agnese, que tout devrait opposer. Oh ! Ce n’est pas Roméo et Juliette. Leurs familles ne sont pas ennemies. Elles ne sont simplement pas du même monde. Stefano a quitté la sienne limitée à un père fainéant et une mère négligente, bientôt expulsés de leur appartement et contraints de vivre dans une caravane comme les romanichels qu’ils méprisent. Stefano est vigile de supermarché puis de parking près d’un camp de Roms justement. Régulièrement provoqué, insulté, caillassé, il est chargé de les refouler. Un boulot de « keuf », dont il a un peu honte, lui dont les copains poursuivent leurs illicites trafics au pied des immeubles. Agnese, elle, a 18 ans, vit avec une mère omniprésente qui la presse de faire vœu de chasteté jusqu’au mariage. Elle évolue dans une communauté catholique traditionaliste, au rythme des actions charitables de la paroisse en faveur des démunis, des prières quotidiennes, des cours du père Luca. Ce qui réunit ces deux-là, c’est une rencontre sous le signe du pardon, l’évidence du rapprochement de leurs jeunes corps désirants, leur détermination et leur innocence fondamentale malgré le passé compliqué de Stefano et les mensonges d’Agnese pour exister. Selene Caramazza et Simone Liberati, auxquels le réalisateur dit avoir laissé la liberté d’improviser, les incarnent avec un grand naturel, recréant à merveille la fragilité de chaque situation. Le cinéaste filme en lumière naturelle cette Rome périphérique, met en évidence les contradictions du milieu petit-bourgeois bien pensant d’Agnese et de celui plus populaire de Stefano en passant de l’un à l’autre. Il montre, sans la juger, la violence de chaque groupe, provenant même de celui qui se réclame de la douceur d’un « Christ-GPS » capable de recalculer l’itinéraire de qui s’est trompé, sans vilipender l’égaré. Chacun pose ses limites, défend ses territoires. Maintenir à distance l’autre pour garder sa virginité ou éviter l’invasion d’un terrain vague relèvent alors d’un même enjeu.

ELISE PADOVANI
Janvier 2018

Cœurs purs, de Roberto de Paolis, a été projeté au Cinéma Les Variétés le 15 décembre en présence du réalisateur dans une séance organisée en collaboration avec l’Institut Italien et le Festival de Cinéma Italien de Villerupt où ce film a obtenu une Mention Spéciale du Jury de la Critique.

Sortie nationale : 3 janvier

Photographie : Coeurs purs, de Roberto de Paolis 3© youngfilms


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