Les orages : Sylvain Prudhomme trempe sa plume dans l’encre empathique chez Gallimard

Ce qui nous rend vivantsLu par Zibeline

Les orages : Sylvain Prudhomme trempe sa plume dans l’encre empathique chez Gallimard - Zibeline

Sylvain Prudhomme s’y entend à capter et à rendre les étincelles de la vie, les moments où tout pourrait basculer, les choix qu’on fait ou qui s’imposent, les chemins qu’on prend ou pas, tout ce qui rend si fragile mais si belle l’existence humaine. Trempant sa plume dans l’encre empathique, il porte à incandescence les émotions les plus subtiles, fait vibrer les sensations. En 2014, on le suivait sur les traces des Grands, fondateurs du Super Mama Djombo (un groupe musical mythique de Guinée Bissau), pour une bouleversante histoire d’amitié, d’amour et de musique (Les Grands, Gallimard). En 2016, on s’aventurait avec ses personnages sur les étendues arides de la Crau, ce territoire de cailloux où germent les légendes (Légende, Gallimard). En 2019, on filait Par les routes (Gallimard), on s’y gorgeait de vie, d’amour, de désir d’ailleurs et de liberté aussi. Trois romans, trois inoubliables voyages…

L’écrivain revient aujourd’hui avec un recueil de treize « histoires » -écrites pour la plupart entre mai et septembre 2020-, sobrement intitulé Les orages. Dans ces courts récits, pas de tonnerre tonitruant pourtant, ni d’aveuglants éclairs. Des éclats de vie plutôt. Modestes apparemment, souvent bouleversants. Par leur intensité, leur charge émotionnelle. L’un veille son bébé très gravement malade (Souvenir de la lumière), l’autre aide son grand-père à manier la tronçonneuse (Le taille-haie), une autre encore sacrifie ses économies pour faire soigner son jeune frère (Awa Beauté). On quitte un appartement, on enterre un parent, on plonge de nuit dans la Méditerranée, on accompagne un père, on retrouve une amante au Paradis, on regarde un film… Et soudain : « Quel est ce bonheur qui me fait trembler, qui me redonne force et vie ? Je me sens délivré. Tout me semble bon, tout a un sens, tout est vrai. » La citation de Fellini, extraite de Huit et demi, est placée en exergue au recueil. Sans doute constitue-t-elle un viatique pour cheminer dans ces fragments de vies ordinaires, ténus, tellement proches des nôtres. Et nous aider à patienter jusqu’au prochain roman de cet écrivain si sensible ?

FRED ROBERT
Février 2021

Les orages
Sylvain Prudhomme
Éditions Gallimard, collection l’Arbalète, 18 €