Toutes les femmes sont des Aliens, nouvel opus d'Olivia Rosenthal dédié aux souvenirs cinématographiques

Ce que nous fait le cinémaLu par Zibeline

Toutes les femmes sont des Aliens, nouvel opus d'Olivia Rosenthal dédié aux souvenirs cinématographiques - Zibeline

Toutes les femmes sont des Aliens, dit-elle. Olivia Rosenthal, pourtant, fabrique à partir de films très communs, une interprétation inattendue, et étrangement familière. C’est sûr, Bambi et Le Livre de la jungle nous arnaquent avec leur musique apaisante, alors qu’ils tuent les mères, offrent un enfant nu à la balourdise d’un ours et à l’inquiétant (inquiétante ?) Bagheera, panthère aussi noire qu’anorexique au genre indéterminé. Walt Disney perd des orphelins sans défense dans des forêts peuplées d’animaux faussement rassurants et d’humains franchement assassins… tandis qu’Hitchcock, plus sadique encore, punit une blonde coupable de s’intéresser trop librement à un homme encombré d’une mère abusive et d’une sœur qui pourrait être sa fille (sa mère donc serait ?). Les Oiseaux déchaînés, soudain transformés en prédateurs collectifs d’une bourgade trop tranquille, chassent les humains de leurs terres…

L’ironie d’Olivia Rosenthal est cruelle, même si elle confie aussi son désarroi intime face aux chocs éprouvés lorsqu’elle décrypte les images. Car le cinéma est toujours présent dans ses œuvres, et les animaux hybrides, inquiétants. Comme Alien, monstre sûrement femelle, comme Ripley, attirée par le monstre, comme elle-même, qui projette ses interprétations subjectives et révoltées par dessus et dessous ces histoires communes dont on ne connait pas le poids, mais qui ont fabriqué nos imaginaires.

C’est le rapport des enfants à leur mère, des filles surtout au corps des mères, qui est évidemment le sujet central de la « Tétralogie » des Aliens. Ripley perd son enfant dans le dédale des temps, sauve un autre enfant qu’elle tue encore, plonge dans la matrice du monstre avec délice, enfante un monstre qu’elle tue pour s’échapper avec « une jolie brune ». C’est évident, il est question du plaisir et de la douleur des femmes entre elles. Les phrases sans répit nous entrainent vers des images que l’on ne voit pas mais dont on comprend enfin pourquoi elles nous terrifient. Sans doute sommes-nous toutes des Aliens.

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2016

Toutes les femmes sont des Aliens,
suivi de Les Oiseaux reviennent et Bambi & co
Olivia Rosenthal
Éditions Verticales, 10 €