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Une vision du 11 septembre 2001 par la romancière Fanny Taillandier

Ce que ne disent pas les images

Une vision du 11 septembre 2001 par la romancière Fanny Taillandier - Zibeline

Quand elle se présente, Fanny Taillandier dit qu’elle n’est pas « une romancière au sens traditionnel ». On s’en convainc très vite dès les premières pages de son roman sur l’attentat qui détruisit les Twin Towers de New York, le 11 septembre 2001. Le récit se construit sur cette seule journée avec des retours sur des événements passés qui éclairent les personnalités des protagonistes. Notamment les deux principaux : Lucy et son frère, William, qui reçoivent chacun un appel de leur père annonçant sa fin prochaine. Une heure après, tous les écrans de télé du monde diffusent des images incompréhensibles qui tournent en boucle sans explication, plongeant la population dans un état de sidération absolue. Le talent de la romancière est dans ce savant mélange d’intime et de collectif, de fiction et de réalité. Les événements terrifiants font écho à la douleur de la perte future du père, ouvrier polonais venu s’installer aux États-Unis à la recherche d’une vie meilleure, et aux querelles du frère et de la sœur aux engagements opposés. Les passages écrits au style indirect libre rendent compte des réactions et des interrogations des protagonistes dont le lecteur suit, haletant, le cheminement : Lucy dans les décombres et William à la tête du service de sécurité aéroportuaire. Structuré comme un film aux montages alternés avec des champs/contrechamps et une chronologie éclatée, le roman se présente comme une enquête rigoureuse et implacable sur les origines de ce mal qui croît et rongera la société. Un agent spécial dépêché par le FBI et la CIA, chargé d’enquêter sur les voyageurs des deux Boeings, est rapidement sur la piste d’un cairote qui a fait des études d’architecture en Europe. Pourquoi s’est-il soudain radicalisé ? Qu’est ce qui fait qu’un être humain devient un monstre ? Se pose aussi la question du rôle des medias dans la transmission de l’événement et de celui du pouvoir qui veut avant tout rassurer la population. Une narration rythmée et audacieuse qui se lit comme un polar.

CHRIS BOURGUE
Septembre 2018

Fanny Taillandier est invitée aux Correspondances de Manosque (jusqu’au 30 septembre).

Par les écrans du monde Fanny Taillandier
Le Seuil, 18,50 €