Vu par Zibeline

Final du Festival International de Musique de Chambre de Provence

Ce n’est qu’un au revoir

Final du Festival International de Musique de Chambre de Provence - Zibeline

Oui, comme le précise l’ultime feuille de salle du Festival International de Musique de Chambre de Provence, « les meilleurs solistes au monde reviendront à Salon ».

Créé en 1993 par Éric Le Sage, Paul Meyer et Emmanuel Pahud, ce festival atypique réunit chaque année une trentaine de solistes aux carrières internationales. L’amitié, la même appréhension conviviale de la musique, les rassemblent dans un mas provençal de la campagne salonaise, avec leurs familles respectives. L’immense bâtisse vibre des sons des pianos de répétition, des voix, des cordes, des bois, des cuivres, nourritures musicales et gustatives se conjuguent dans ce petit Éden où les artistes se ressourcent. Combien de projets ne sont pas nés ici ! Emmanuel Pahud se plaît à évoquer les rencontres et les créations rêvées là. Le festival est devenu au fil du temps un rendez-vous quasi rituel auquel peu dérogent.

La musique de chambre autorise à cette intimité, et le jeu des musiciens en est marqué. Leur complicité assise sur les ans, une longue connaissance de chacun, est perceptible dans leur manière d’aborder les œuvres, avec une liberté de ton unique, des variations, des dialogues, qui ne sont pas juste indiqués par les partitions, mais relèvent de la fréquentation pertinente et intime des œuvres et des êtres. Les jeunes générations ne sont pas exclues, bien au contraire, tous les âges se croisent ici, s’enrichissent les uns des autres. « Il faut aussi noter la féminisation du festival fondé par trois hommes, sourit Émilie Delorme, la présidente du festival, cette année un bon tiers des artistes est féminin, et la programmation inclut des œuvres de compositrices, Lili Boulanger, Clara Schumann, Alma Malher, souvent inconnues du grand public (et pas que), comme Cécile Chaminade, Louise Farrenc, Amy Beach… ». Cette effervescence rassemble un public nombreux, souvent, la chapelle de l’Abbaye de Sainte Croix a dû refuser du monde !

Concert de clôture

Cour du Château de l’Emperi bondée pour le dernier concert, baptisé Nonet Final, en raison du morceau de clôture, Nonette en fa majeur opus 31 de Louis Spohr qui, malgré les sonorités de son nom, fut qualifié par Schumann de « mollusque, mais (…) de noble mollusque ! ». L’ « équipe » de neuf instrumentistes (Karen Gomyo, violon, Joaquín Riquelme García, alto, Claudio Bohόrquez, violoncelle, Olivier Thiery, contrebasse, Emmanuel Pahud, flûte, Paul Meyer, clarinette, François Meyer, hautbois, Gilbert Audin, basson, Jimmy Charitas, cor) sut accorder une belle vivacité à cette pièce aux développements parfois redondants. Conversation enjouée, traits de parade, duos et trios en incise, partition enlevée des vents… avec son nom de savoureux gâteau à la crème, la Nonette se déguste avec gourmandise. Un monde à la Barry Lindon s’ouvre avec le Quatuor en sol majeur opus 77 n° 1 de Haydn, perruques poudrées, élégance, ton feutré de cour et badinages, transcrits avec la finesse du Quatuor Mona (Verena Chen, Roxana Rastegar, violons, Arianna Smith, alto, Caroline Sypniewski, violoncelle) qui conversera avec délicatesse avec Emmanuel Pahud sur Thème et variations pour flûte et quatuor à cordes opus 80 d’Amy Beach. Le romantisme ourle encore l’œuvre de 1920, empreinte d’une gravité que la légèreté des mélodies tente de dissiper en une tendre douceur onirique. Deux violoncelles (Claudio Bohόrquez et Aurélien Pascal) se livrent à une joute espiègle dans la Sonate n° 10 en sol majeur de Jean-Baptiste Barrière qui offrit à son instrument de superbes pages. Basson (Gilbert Audin), cor (Jimmy Charitas) et piano (Théo Fouchenneret) rejoignaient Paul et François Meyer (respectivement clarinette et hautbois) sur le Quintette en mi bémol majeur K. 452 de Mozart. Plaisirs de gourmets !

Déjà l’on songe aux bonheurs à venir en 2020…

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2019

Concert donné le lundi 5 août, cour d’honneur du Château de l’Empéri, Salon.

Photographies © Aurélien Gaillard