Avec « Avant les années terribles », Victor del Arbol emmène ses lecteurs en Ouganda

« Ce fauve tapi au fond de moi »Lu par Zibeline

Avec « Avant les années terribles »,  Victor del Arbol emmène ses lecteurs en Ouganda - Zibeline

De roman en roman, Victor del Arbol n’en finit pas de traquer les fauves tapis au fond de ses personnages. Des personnages torturés, que les ombres du passé reviennent hanter. Qu’il s’agisse des sombres recoins de l’Espagne franquiste (La tristesse du samouraï, Actes Sud, 2011), des goulags staliniens (Toutes les vagues de l’océan, Actes Sud, 2015) , des geôles argentines ou des spectres de l’OAS, l’écrivain catalan ne cesse d’exhumer, par le biais de fictions complexes, addictives et souvent terrifiantes, les traces malfaisantes des histoires dissimulées. Histoires violentes, dont on ne peut faire le deuil qu’en acceptant de les affronter, de pardonner aux anciens tortionnaires, de se pardonner à soi. Avant les années terribles ne fait pas exception à la règle.

Cette fois, c’est en Ouganda que Del Arbol nous emmène. Isaïe Yoweri a commencé une nouvelle vie à Barcelone. Il y est devenu « le Noir aux bicyclettes ». Sa femme Lucia attend un enfant. Le passé semble à jamais révolu… jusqu’au jour où un ancien frère d’armes ougandais ressurgit, et avec lui tout ce qu’Isaïe a tenté d’oublier : le massacre de sa famille, son enrôlement forcé dans les rangs de la LRA (Lord Resistance Army), les tortures qu’il a subies et celles qu’il a fait subir… Ce camarade lui demande de revenir en Ouganda témoigner dans le cadre d’une vaste opération de réconciliation nationale. Ce sera un voyage « au cœur des ténèbres »… 

Moins labyrinthique que La maison des chagrins (même éditeur, 2013), le roman suit néanmoins deux fils principaux qui se croisent, se percutent. L’histoire du retour d’Isaïe au pays (de janvier à mars 2016) et l’autre, celle qu’il avait tue jusque-là (1992-1994). Ces deux récits, saisissants, témoignent de l’horreur d’une très longue guerre civile, qui a ravagé l’Ouganda, et dont les germes semblent toujours sur le point de reprendre vigueur. Vision glaçante. Scènes d’une barbarie à la limite du supportable. Pour Victor del Arbol, c’est le rôle de la fiction que de « rendre sensible tout cela ». Dur, mais nécessaire.

FRED ROBERT
Août 2021

Avant les années terribles de Victor del Arbol,
traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Éditions Actes Sud, 23 €